00:00Déclassement et smicardisation sont les deux faces d'une même pièce qui nourrissent la colère sociale.
00:17En prenant le ratio entre le salaire minimum et le salaire brut médian, indicateur de la compression des salaires vers le bas lorsqu'ils s'élèvent,
00:26le constat est sans appel. La France est l'un des pays les plus smicardisés d'Europe, aux côtés du Portugal et de la Slovénie.
00:36Le SMIC a de faire attraper des millions de travailleurs, si bien que plus d'un tiers des salariés perçoivent entre un SMIC et 1,4 SMIC,
00:44et que les deux tiers se situent entre un et deux SMIC.
00:47Cette smicardisation massive du salariat français, qui s'est fortement accélérée depuis 2014,
00:52résulte d'une politique publique suivie, avec constance, depuis 1993, par les gouvernements de droite comme de gauche,
01:02et exonérée toujours davantage de cotisations sociales patronales des salaires proches du SMIC.
01:09Une solution conçue à l'origine pour abaisser le coût de travail et améliorer la compétitivité,
01:14favoriser les créations d'emplois et réduire le chômage des personnes peu qualifiées.
01:22Et cela ne s'est pas fait à moitié.
01:24Les cotisations sociales salariales et patronales prélevées sur un salaire au SMIC
01:27sont aujourd'hui deux fois moindres que celles appliquées à un salaire au plafond de la Sécurité sociale,
01:34un peu plus de deux fois le SMIC.
01:36Pour quel résultat ?
01:37Le coût du travail a effectivement été abaissé, les créations d'emplois nombreuses, le chômage réduit.
01:44Mais comme pour un médicament, il faut mettre en balance l'effet thérapeutique et les effets secondaires indésirables.
01:52Ces derniers sont essentiellement de trois ordres.
01:55Le couplage entre seuil d'exonération des charges patronales et aide publique
01:59a empêché les bas salaires de progresser.
02:02C'est la question de la trappe à bas salaire.
02:05Les taux de cotisation sociale explosent quand le niveau des salaires franchit certains seuils.
02:10C'est très dissuasif pour un employeur.
02:13Résultat, les salariés restent durablement bloqués aux alentours du SMIC.
02:18Promouvoir un salarié devient également trop coûteux
02:20entre le prix de sa formation et l'alourdissement des charges qui accompagnent son évolution.
02:26C'est une seconde trappe, la trappe à promotion.
02:28Autre effet pervers, le déclassement salarial des qualifications.
02:34La nouvelle dynamique de l'emploi a profondément modifié la donne.
02:38Les dispositifs publics ont surtout bénéficié aux très petites entreprises
02:42et aux services à forte proportion d'emplois non qualifiés.
02:48Or, le niveau de formation des jeunes ne cesse de s'élever.
02:50Résultat, des diplômés acceptent des postes en deçà de leurs compétences,
02:56occupant des places qui se ferment au moins qualifié.
02:59Le déclassement n'est pas une crainte, c'est une réalité.
03:02Et avec lui, la frustration gagne du terrain.
03:06Enfin, la baisse des charges sur les bas salaires
03:08sape progressivement la productivité générale en décourageant la formation
03:12et par une mauvaise allocation sectorielle,
03:16favorisant les services à faible valeur ajoutée,
03:20faiblement rémunérés et peu qualifiés,
03:22au détriment des services à plus forte valeur ajoutée
03:25et des secteurs industriels où les salaires des ouvriers spécialisés dépassent le SMIC.
03:30En creux, les talents, eux, sont surtaxés.
03:35Ce n'est évidemment pas ainsi qu'une économie peut monter en gamme.
03:38En remettant en cause la neutralité de la fiscalité et de l'emploi,
03:42les différents gouvernements ont non seulement ouvert une véritable boîte de pandore,
03:46mais ils ont aussi vidé les caisses de l'État.
03:50L'échec est total.
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