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  • il y a 11 mois
Déclassement et smicardisation sont les deux faces d’une même pièce qui nourrissent la colère sociale. En prenant le ratio entre le salaire minimum et le salaire brut médian, indicateur de la compression des salaires vers le bas lorsqu’il est élevé, le constat est sans appel : la France est l’un des pays les plus smicardisés d’Europe, aux côtés du Portugal et de la Slovénie. Le SMIC a de fait rattrapé des millions de travailleurs, si bien que plus d’un tiers des salariés perçoivent entre 1 SMIC et 1,4 SMIC et que les deux tiers se situent entre 1 et 2 SMIC. [...]

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00:00Déclassement et smicardisation sont les deux faces d'une même pièce qui nourrissent la colère sociale.
00:17En prenant le ratio entre le salaire minimum et le salaire brut médian, indicateur de la compression des salaires vers le bas lorsqu'ils s'élèvent,
00:26le constat est sans appel. La France est l'un des pays les plus smicardisés d'Europe, aux côtés du Portugal et de la Slovénie.
00:36Le SMIC a de faire attraper des millions de travailleurs, si bien que plus d'un tiers des salariés perçoivent entre un SMIC et 1,4 SMIC,
00:44et que les deux tiers se situent entre un et deux SMIC.
00:47Cette smicardisation massive du salariat français, qui s'est fortement accélérée depuis 2014,
00:52résulte d'une politique publique suivie, avec constance, depuis 1993, par les gouvernements de droite comme de gauche,
01:02et exonérée toujours davantage de cotisations sociales patronales des salaires proches du SMIC.
01:09Une solution conçue à l'origine pour abaisser le coût de travail et améliorer la compétitivité,
01:14favoriser les créations d'emplois et réduire le chômage des personnes peu qualifiées.
01:22Et cela ne s'est pas fait à moitié.
01:24Les cotisations sociales salariales et patronales prélevées sur un salaire au SMIC
01:27sont aujourd'hui deux fois moindres que celles appliquées à un salaire au plafond de la Sécurité sociale,
01:34un peu plus de deux fois le SMIC.
01:36Pour quel résultat ?
01:37Le coût du travail a effectivement été abaissé, les créations d'emplois nombreuses, le chômage réduit.
01:44Mais comme pour un médicament, il faut mettre en balance l'effet thérapeutique et les effets secondaires indésirables.
01:52Ces derniers sont essentiellement de trois ordres.
01:55Le couplage entre seuil d'exonération des charges patronales et aide publique
01:59a empêché les bas salaires de progresser.
02:02C'est la question de la trappe à bas salaire.
02:05Les taux de cotisation sociale explosent quand le niveau des salaires franchit certains seuils.
02:10C'est très dissuasif pour un employeur.
02:13Résultat, les salariés restent durablement bloqués aux alentours du SMIC.
02:18Promouvoir un salarié devient également trop coûteux
02:20entre le prix de sa formation et l'alourdissement des charges qui accompagnent son évolution.
02:26C'est une seconde trappe, la trappe à promotion.
02:28Autre effet pervers, le déclassement salarial des qualifications.
02:34La nouvelle dynamique de l'emploi a profondément modifié la donne.
02:38Les dispositifs publics ont surtout bénéficié aux très petites entreprises
02:42et aux services à forte proportion d'emplois non qualifiés.
02:48Or, le niveau de formation des jeunes ne cesse de s'élever.
02:50Résultat, des diplômés acceptent des postes en deçà de leurs compétences,
02:56occupant des places qui se ferment au moins qualifié.
02:59Le déclassement n'est pas une crainte, c'est une réalité.
03:02Et avec lui, la frustration gagne du terrain.
03:06Enfin, la baisse des charges sur les bas salaires
03:08sape progressivement la productivité générale en décourageant la formation
03:12et par une mauvaise allocation sectorielle,
03:16favorisant les services à faible valeur ajoutée,
03:20faiblement rémunérés et peu qualifiés,
03:22au détriment des services à plus forte valeur ajoutée
03:25et des secteurs industriels où les salaires des ouvriers spécialisés dépassent le SMIC.
03:30En creux, les talents, eux, sont surtaxés.
03:35Ce n'est évidemment pas ainsi qu'une économie peut monter en gamme.
03:38En remettant en cause la neutralité de la fiscalité et de l'emploi,
03:42les différents gouvernements ont non seulement ouvert une véritable boîte de pandore,
03:46mais ils ont aussi vidé les caisses de l'État.
03:50L'échec est total.
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