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  • il y a 11 mois
Christophe Périllat, directeur général de Valeo, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce lundi 15 septembre. Il est revenu sur la menace de mobilisation des patrons qui s'inquiètent d'être surtaxés, la concurrence des acteurs chinois et les négociations à Bruxelles sur les voitures électriques, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h45 sur BFM Business et sur AMC Découverte. Notre invité c'est Christophe Peria. Bonjour, vous êtes le directeur général de Valeo, équipementier automobile.
00:09150 sites, 155 sites de production. On se réveille ce matin avec un patronat chauffé à blanc. Vous êtes un groupe mondial.
00:17Est-ce que vous vous sentez concerné par cette ambiance ce matin qu'on décrit sur BFM Business avec des patrons qui menacent d'une mobilisation dans le Parisien ?
00:26C'est patron de la tech qui s'inquiète d'être surtaxé. Est-ce que vous vous sentez dans l'ambiance, à côté ? C'est quoi votre ressenti ?
00:33Alors moi je me sens dans l'ambiance de Munich parce qu'hier on était, la semaine dernière plus exactement, on était au salon de Munich.
00:38C'était le salon de l'auto. C'est un salon qui se tient une fois tous les deux ans. Donc c'est un salon très important.
00:43Et c'était vraiment un salon de conquête ou de reconquête. Il y a deux ans c'était un peu un salon de défaite face à toutes les menaces du secteur automobile.
00:52La transition vers l'électrique qui est difficile, on en parlera certainement, mais aussi un marché qui se réduit, qui se rétrécit en Europe d'année en année.
01:00Et puis une offensive chinoise qui est forte. Et cette année, on a vu des constructeurs européens qui sont au combat, qui sortent de nouvelles voitures, des belles voitures.
01:09On a vu des équipementiers qui sont à leur côté et qui sont au combat aussi. Donc on a vraiment vu un esprit d'offense.
01:15Vous avez vu de l'optimisme au salon de Munich. Pourtant c'était plein de constructeurs chinois, beaucoup d'américains également.
01:24Mais vous avez vu des constructeurs européens qui y croient.
01:26Oui, j'ai vu des constructeurs européens qui y croient. Valeo y croient aussi.
01:31Et la raison c'est que face à ces trois périls, entre guillemets, le marché qui se rétrécit, la transition qui est difficile et l'offensive chinoise,
01:38il y a des solutions. Il y a des solutions. Et ces solutions, comme vous savez, on en a discuté avec la présidente de la commission vendredi dernier
01:46puisqu'elle a réuni l'ensemble des acteurs automobiles pour discuter de ces trois challenges, de ces trois enjeux de l'industrie automobile européenne.
01:53Justement, il croit à quoi l'ensemble du secteur ? Il croit au pragmatisme européen ?
01:57Au fait qu'on va revenir sur un certain nombre de règles parce qu'on sait que ça va être trop destructeur pour l'industrie ?
02:01Il pense qu'on va revenir sur la date de 2035 ? Il croit à quoi ?
02:05Alors, les positions sont presque alignées aujourd'hui pour dire qu'il faut définir de manière claire ce qu'on fera en 2035.
02:16Et donc il y a une clause de revoyure dans le traité qui est l'année prochaine.
02:21On avance.
02:21Et la volonté c'est de décider le plus rapidement possible.
02:24Pas pour que les industriels puissent faire leurs investissements, décider leurs investissements, décider les technologies de demain.
02:30Et l'idée c'est de ne pas abandonner le 100% électrique, je vais dire 100% électrification.
02:39Et toute la différence est là.
02:41C'est-à-dire que c'est l'hybride en fait au milieu ?
02:42Voilà, exactement.
02:43C'est-à-dire de rajouter en 2035 aux véhicules purs électriques, les véhicules hybrides rechargeables et les véhicules qu'on appelle à prolongateur d'autonomie.
02:51C'est-à-dire prendre acte du fait qu'il n'y a pas d'autre moyen de décarboner la mobilité que d'avoir un véhicule électrifié à batterie.
03:02Donc ce ne sera pas l'hydrogène, ce ne sera probablement pas du carburant synthétique.
03:05Donc ce sera de la batterie.
03:06Maintenant la batterie, on l'a fait à 400 km d'autonomie, 500, 600, 700.
03:10Et là on est très dépendant évidemment des cellules de batterie chinoises.
03:14Ou alors on a une batterie qui peut être plus réduite, 100 km, 120 km.
03:20Ce qui fait que tous vos trajets quotidiens seront des trajets électriques, purement électriques.
03:26Et on complète cette électrification d'un moteur thermique qui servira pour les quelques week-ends où vous ferez plus de 100 ou 150 km par jour.
03:36Mais ça veut dire qu'on rehausse les objectifs de baisse de CO2 ou qu'on les diminue.
03:41Mais pour faire passer l'hybride, il faut changer les règles.
03:43Ça veut dire qu'au lieu d'avoir 100% de réduction d'émissions de CO2 en 2035, vous en aurez 90%.
03:49Parce que quand vous avez un plugin hybride, c'est-à-dire un hybride rechargeable en français,
03:53mais pas ceux des premières générations avec 40 km d'autonomie, mais avec 100 km d'autonomie, pourquoi pas 120, 140 km d'autonomie,
04:02alors vous avez l'essentiel de la réduction de CO2 et vous avez beaucoup plus de flexibilité.
04:07Et c'est aussi de nature à relancer le marché.
04:10Parce que, je le disais, c'est un des enjeux aujourd'hui, le marché européen automobile est le seul marché dans le monde qui n'a pas retrouvé ses volumes d'avant.
04:19On est encore 20% en dessous des volumes qui existaient en 2017.
04:24Mais parfois j'entends des constructeurs dire que c'est parce qu'aujourd'hui on présente des véhicules aux consommateurs dont ils ne veulent pas.
04:29C'est-à-dire qu'on a du mal à se calquer sur la demande du consommateur.
04:33C'est fondamental. Sur l'électrique, on est allé trop loin dans ce qu'on lui propose aux consommateurs ?
04:39On lui propose une technologie unique, mais votre besoin, le mien, celui de vos spectateurs ou auditeurs, ce n'est pas forcément le même.
04:46Chacun a un besoin qui est différent, chacun utilise la voiture de manière différente.
04:51Donc pourquoi ne lui donneriez-nous pas plus de flexibilité, finalement ?
04:56Le mot d'ordre, c'est flexibilité, sans abandonner le 100% électrification, qui est vraiment la manière de réduire les CO2.
05:04Si on regarde la Chine, qui est probablement aujourd'hui ce qui se fait de mieux sur le marché en termes d'électrification,
05:10vous avez 32% des nouvelles voitures qui sont purement électriques,
05:15et vous avez 17% des voitures qui sont hybrides rechargeables avec une grande autonomie,
05:21et vous avez quelques pourcents qui sont des prolongateurs d'autonomie.
05:24Au total, déjà aujourd'hui, un véhicule sur deux vendu en Chine est électrifié,
05:31et donc donne cette économie, cette réduction des émissions de CO2 à hauteur de 90% de l'objectif initial.
05:38C'est déjà pas mal.
05:38Franchement, si l'industrie automobile fait ça, et elle le fera,
05:42ce sera probablement l'industrie qui sera la meilleure dans sa trajectoire de réduction de CO2.
05:48Si les autres industries dans le monde faisaient la même chose, je pense qu'on sera bien partis.
05:53Autre sujet que vous plaidez depuis des mois auprès de la Commission européenne,
05:56c'est l'obligation de contenu local.
05:58Là, est-ce que ça avance en matière de pragmatisme européen ?
06:02Je crois que oui.
06:02Je crois que cette idée que j'avais lancée sur l'antenne de BFM, c'était avec Edwige Chevrillon,
06:08il y a quelques mois de cela.
06:09Je pense qu'elle avance considérablement.
06:12D'abord, on a fédéré l'ensemble des équipementiers européens sur cette idée.
06:16Il y a une association des équipementiers européens qui s'appelle le CLEPA.
06:20Et le CLEPA, la semaine dernière, a dit qu'on veut du contenu européen.
06:23Et vous entendrez aussi beaucoup de constructeurs automobiles européens dire aujourd'hui,
06:28il faut du contenu européen.
06:29Si je peux me permettre d'expliquer pourquoi, la raison est très très simple.
06:34L'industrie, globalement, je ne parle pas de l'industrie automobile,
06:38c'est massivement délocalisé en Asie.
06:40Vous entendez toujours parler de réindustrialisation.
06:43Parce qu'une grande partie de l'industrie est partie.
06:45Elle est partie pour des raisons de compétitivité.
06:48L'industrie automobile, elle n'est pas partie.
06:50Elle n'est pas partie.
06:51Les équipementiers automobiles produisent en Europe, pour l'Europe,
06:5675% de la valeur d'une voiture européenne,
07:0075% de cette valeur ajoutée, elle est en Europe.
07:03Donc l'industrie européenne automobile, elle est là.
07:06Et il ne faut pas qu'elle parte.
07:07Et vous dites combien de contenu ?
07:08C'est-à-dire que c'est 30% ? 40% ? C'est combien ?
07:10Si on est inférieur à 75%,
07:12alors ça veut dire qu'il y a des emplois qui partiront.
07:15Puisqu'aujourd'hui, c'est 75%.
07:17Donc, si on vise 75%,
07:20si on pouvait se mettre d'accord sur 75% de comptes locaux,
07:24alors ça veut dire que les emplois seront maintenus.
07:26Souvenons-nous quand même que l'industrie automobile,
07:28c'est 13 millions d'emplois,
07:3013 millions d'emplois en Europe,
07:32et c'est 8% du PIB européen.
07:34Donc c'est une question essentielle.
07:36Encore une fois, cette industrie, elle n'est pas partie.
07:38Donc il faut faire en sorte que...
07:41La maintenir.
07:42Et s'il y a ce sujet-là,
07:43c'est qu'il y a une compétitivité,
07:45en particulier en Chine,
07:47qui est très supérieure à la compétitivité européenne,
07:49est de l'ordre de 35%.
07:51Est-ce qu'il faut, avec, comme vient de le faire l'État,
07:53mettre en place un bonus supplémentaire ?
07:54Pour les voitures électriques
07:55assemblées en Europe avec une batterie européenne,
07:58est-ce qu'il faut associer le contenu local
07:59avec un bonus ?
08:00Est-ce que c'est ça qu'il faut faire ?
08:01Il faut trouver la modalité du contenu local.
08:04Par quel mécanisme
08:06est-ce que ce contenu local sera mis en place ?
08:08Et là, vous avez toute une panoplie d'idées possibles.
08:12L'idée que vous avez évoquée de bonus,
08:13il y en a d'autres,
08:14et donc le travail commence.
08:16Dès lors que ce consensus existe,
08:18et j'ai vraiment eu le sentiment,
08:20vendredi dernier,
08:21à Bruxelles,
08:22que ce consensus était maintenant là,
08:24il y a la décision qui est prise
08:26de maintenant travailler sur les modalités,
08:29travailler sur le mécanisme,
08:30de se mettre d'accord sur le détail,
08:3275%, plus, moins,
08:34qu'est-ce qu'on fait exactement,
08:35par quel mécanisme ce contenu local sera évalué,
08:38calculé, surveillé,
08:39et qu'est-ce qu'on fait si une voiture
08:41ne répond pas aux 75% ?
08:44Alors ce travail commence,
08:45mais ce n'est pas un travail sur un an ou sur deux ans,
08:48ça doit être un travail sur quelques mois,
08:50c'est possible,
08:51mais le plus important,
08:52c'était de faire comprendre
08:53l'importance du sujet.
08:55Et ça c'est fait.
08:56Merci beaucoup Christophe Péria
08:57d'être venu ce matin
08:58dans la matinale de l'économie.
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