00:00Il est 7h45 sur BFM Business et sur AMC Découverte. Notre invité c'est Christophe Peria. Bonjour, vous êtes le directeur général de Valeo, équipementier automobile.
00:09150 sites, 155 sites de production. On se réveille ce matin avec un patronat chauffé à blanc. Vous êtes un groupe mondial.
00:17Est-ce que vous vous sentez concerné par cette ambiance ce matin qu'on décrit sur BFM Business avec des patrons qui menacent d'une mobilisation dans le Parisien ?
00:26C'est patron de la tech qui s'inquiète d'être surtaxé. Est-ce que vous vous sentez dans l'ambiance, à côté ? C'est quoi votre ressenti ?
00:33Alors moi je me sens dans l'ambiance de Munich parce qu'hier on était, la semaine dernière plus exactement, on était au salon de Munich.
00:38C'était le salon de l'auto. C'est un salon qui se tient une fois tous les deux ans. Donc c'est un salon très important.
00:43Et c'était vraiment un salon de conquête ou de reconquête. Il y a deux ans c'était un peu un salon de défaite face à toutes les menaces du secteur automobile.
00:52La transition vers l'électrique qui est difficile, on en parlera certainement, mais aussi un marché qui se réduit, qui se rétrécit en Europe d'année en année.
01:00Et puis une offensive chinoise qui est forte. Et cette année, on a vu des constructeurs européens qui sont au combat, qui sortent de nouvelles voitures, des belles voitures.
01:09On a vu des équipementiers qui sont à leur côté et qui sont au combat aussi. Donc on a vraiment vu un esprit d'offense.
01:15Vous avez vu de l'optimisme au salon de Munich. Pourtant c'était plein de constructeurs chinois, beaucoup d'américains également.
01:24Mais vous avez vu des constructeurs européens qui y croient.
01:26Oui, j'ai vu des constructeurs européens qui y croient. Valeo y croient aussi.
01:31Et la raison c'est que face à ces trois périls, entre guillemets, le marché qui se rétrécit, la transition qui est difficile et l'offensive chinoise,
01:38il y a des solutions. Il y a des solutions. Et ces solutions, comme vous savez, on en a discuté avec la présidente de la commission vendredi dernier
01:46puisqu'elle a réuni l'ensemble des acteurs automobiles pour discuter de ces trois challenges, de ces trois enjeux de l'industrie automobile européenne.
01:53Justement, il croit à quoi l'ensemble du secteur ? Il croit au pragmatisme européen ?
01:57Au fait qu'on va revenir sur un certain nombre de règles parce qu'on sait que ça va être trop destructeur pour l'industrie ?
02:01Il pense qu'on va revenir sur la date de 2035 ? Il croit à quoi ?
02:05Alors, les positions sont presque alignées aujourd'hui pour dire qu'il faut définir de manière claire ce qu'on fera en 2035.
02:16Et donc il y a une clause de revoyure dans le traité qui est l'année prochaine.
02:21On avance.
02:21Et la volonté c'est de décider le plus rapidement possible.
02:24Pas pour que les industriels puissent faire leurs investissements, décider leurs investissements, décider les technologies de demain.
02:30Et l'idée c'est de ne pas abandonner le 100% électrique, je vais dire 100% électrification.
02:39Et toute la différence est là.
02:41C'est-à-dire que c'est l'hybride en fait au milieu ?
02:42Voilà, exactement.
02:43C'est-à-dire de rajouter en 2035 aux véhicules purs électriques, les véhicules hybrides rechargeables et les véhicules qu'on appelle à prolongateur d'autonomie.
02:51C'est-à-dire prendre acte du fait qu'il n'y a pas d'autre moyen de décarboner la mobilité que d'avoir un véhicule électrifié à batterie.
03:02Donc ce ne sera pas l'hydrogène, ce ne sera probablement pas du carburant synthétique.
03:05Donc ce sera de la batterie.
03:06Maintenant la batterie, on l'a fait à 400 km d'autonomie, 500, 600, 700.
03:10Et là on est très dépendant évidemment des cellules de batterie chinoises.
03:14Ou alors on a une batterie qui peut être plus réduite, 100 km, 120 km.
03:20Ce qui fait que tous vos trajets quotidiens seront des trajets électriques, purement électriques.
03:26Et on complète cette électrification d'un moteur thermique qui servira pour les quelques week-ends où vous ferez plus de 100 ou 150 km par jour.
03:36Mais ça veut dire qu'on rehausse les objectifs de baisse de CO2 ou qu'on les diminue.
03:41Mais pour faire passer l'hybride, il faut changer les règles.
03:43Ça veut dire qu'au lieu d'avoir 100% de réduction d'émissions de CO2 en 2035, vous en aurez 90%.
03:49Parce que quand vous avez un plugin hybride, c'est-à-dire un hybride rechargeable en français,
03:53mais pas ceux des premières générations avec 40 km d'autonomie, mais avec 100 km d'autonomie, pourquoi pas 120, 140 km d'autonomie,
04:02alors vous avez l'essentiel de la réduction de CO2 et vous avez beaucoup plus de flexibilité.
04:07Et c'est aussi de nature à relancer le marché.
04:10Parce que, je le disais, c'est un des enjeux aujourd'hui, le marché européen automobile est le seul marché dans le monde qui n'a pas retrouvé ses volumes d'avant.
04:19On est encore 20% en dessous des volumes qui existaient en 2017.
04:24Mais parfois j'entends des constructeurs dire que c'est parce qu'aujourd'hui on présente des véhicules aux consommateurs dont ils ne veulent pas.
04:29C'est-à-dire qu'on a du mal à se calquer sur la demande du consommateur.
04:33C'est fondamental. Sur l'électrique, on est allé trop loin dans ce qu'on lui propose aux consommateurs ?
04:39On lui propose une technologie unique, mais votre besoin, le mien, celui de vos spectateurs ou auditeurs, ce n'est pas forcément le même.
04:46Chacun a un besoin qui est différent, chacun utilise la voiture de manière différente.
04:51Donc pourquoi ne lui donneriez-nous pas plus de flexibilité, finalement ?
04:56Le mot d'ordre, c'est flexibilité, sans abandonner le 100% électrification, qui est vraiment la manière de réduire les CO2.
05:04Si on regarde la Chine, qui est probablement aujourd'hui ce qui se fait de mieux sur le marché en termes d'électrification,
05:10vous avez 32% des nouvelles voitures qui sont purement électriques,
05:15et vous avez 17% des voitures qui sont hybrides rechargeables avec une grande autonomie,
05:21et vous avez quelques pourcents qui sont des prolongateurs d'autonomie.
05:24Au total, déjà aujourd'hui, un véhicule sur deux vendu en Chine est électrifié,
05:31et donc donne cette économie, cette réduction des émissions de CO2 à hauteur de 90% de l'objectif initial.
05:38C'est déjà pas mal.
05:38Franchement, si l'industrie automobile fait ça, et elle le fera,
05:42ce sera probablement l'industrie qui sera la meilleure dans sa trajectoire de réduction de CO2.
05:48Si les autres industries dans le monde faisaient la même chose, je pense qu'on sera bien partis.
05:53Autre sujet que vous plaidez depuis des mois auprès de la Commission européenne,
05:56c'est l'obligation de contenu local.
05:58Là, est-ce que ça avance en matière de pragmatisme européen ?
06:02Je crois que oui.
06:02Je crois que cette idée que j'avais lancée sur l'antenne de BFM, c'était avec Edwige Chevrillon,
06:08il y a quelques mois de cela.
06:09Je pense qu'elle avance considérablement.
06:12D'abord, on a fédéré l'ensemble des équipementiers européens sur cette idée.
06:16Il y a une association des équipementiers européens qui s'appelle le CLEPA.
06:20Et le CLEPA, la semaine dernière, a dit qu'on veut du contenu européen.
06:23Et vous entendrez aussi beaucoup de constructeurs automobiles européens dire aujourd'hui,
06:28il faut du contenu européen.
06:29Si je peux me permettre d'expliquer pourquoi, la raison est très très simple.
06:34L'industrie, globalement, je ne parle pas de l'industrie automobile,
06:38c'est massivement délocalisé en Asie.
06:40Vous entendez toujours parler de réindustrialisation.
06:43Parce qu'une grande partie de l'industrie est partie.
06:45Elle est partie pour des raisons de compétitivité.
06:48L'industrie automobile, elle n'est pas partie.
06:50Elle n'est pas partie.
06:51Les équipementiers automobiles produisent en Europe, pour l'Europe,
06:5675% de la valeur d'une voiture européenne,
07:0075% de cette valeur ajoutée, elle est en Europe.
07:03Donc l'industrie européenne automobile, elle est là.
07:06Et il ne faut pas qu'elle parte.
07:07Et vous dites combien de contenu ?
07:08C'est-à-dire que c'est 30% ? 40% ? C'est combien ?
07:10Si on est inférieur à 75%,
07:12alors ça veut dire qu'il y a des emplois qui partiront.
07:15Puisqu'aujourd'hui, c'est 75%.
07:17Donc, si on vise 75%,
07:20si on pouvait se mettre d'accord sur 75% de comptes locaux,
07:24alors ça veut dire que les emplois seront maintenus.
07:26Souvenons-nous quand même que l'industrie automobile,
07:28c'est 13 millions d'emplois,
07:3013 millions d'emplois en Europe,
07:32et c'est 8% du PIB européen.
07:34Donc c'est une question essentielle.
07:36Encore une fois, cette industrie, elle n'est pas partie.
07:38Donc il faut faire en sorte que...
07:41La maintenir.
07:42Et s'il y a ce sujet-là,
07:43c'est qu'il y a une compétitivité,
07:45en particulier en Chine,
07:47qui est très supérieure à la compétitivité européenne,
07:49est de l'ordre de 35%.
07:51Est-ce qu'il faut, avec, comme vient de le faire l'État,
07:53mettre en place un bonus supplémentaire ?
07:54Pour les voitures électriques
07:55assemblées en Europe avec une batterie européenne,
07:58est-ce qu'il faut associer le contenu local
07:59avec un bonus ?
08:00Est-ce que c'est ça qu'il faut faire ?
08:01Il faut trouver la modalité du contenu local.
08:04Par quel mécanisme
08:06est-ce que ce contenu local sera mis en place ?
08:08Et là, vous avez toute une panoplie d'idées possibles.
08:12L'idée que vous avez évoquée de bonus,
08:13il y en a d'autres,
08:14et donc le travail commence.
08:16Dès lors que ce consensus existe,
08:18et j'ai vraiment eu le sentiment,
08:20vendredi dernier,
08:21à Bruxelles,
08:22que ce consensus était maintenant là,
08:24il y a la décision qui est prise
08:26de maintenant travailler sur les modalités,
08:29travailler sur le mécanisme,
08:30de se mettre d'accord sur le détail,
08:3275%, plus, moins,
08:34qu'est-ce qu'on fait exactement,
08:35par quel mécanisme ce contenu local sera évalué,
08:38calculé, surveillé,
08:39et qu'est-ce qu'on fait si une voiture
08:41ne répond pas aux 75% ?
08:44Alors ce travail commence,
08:45mais ce n'est pas un travail sur un an ou sur deux ans,
08:48ça doit être un travail sur quelques mois,
08:50c'est possible,
08:51mais le plus important,
08:52c'était de faire comprendre
08:53l'importance du sujet.
08:55Et ça c'est fait.
08:56Merci beaucoup Christophe Péria
08:57d'être venu ce matin
08:58dans la matinale de l'économie.
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