- il y a 1 an
Le Nord, c'est géant Le Caou, la Belle Hélène, Maria et son fils Mariona... Ces icônes du Nord de la France hibernent une bonne partie de l'année, en attendant carnavals et kermesses. Ils sont alors de sortie, en habits de travail ou en cuirassés d'argent.Chaque village de Flandre française, ou presque, a ses géants. Depuis leur naissance au XVIème siècle, ces personnages de carton-pâte et d'osier ont traversé l'histoire mouvementée de cette région frontalière du Nord de la France. Ils sont le ciment de la vie communautaire, font revivre les ancêtres et jouent un rôle essentiel dans une identité longtemps malmenée.
Guignol, l'âme populaire de Lyon Impossible d'échapper à sa tête de bois... ou
d'ignorer son origine lyonnaise. Guignol est à Lyon ce que Gavroche est à Paris : l'incarnation d'un passé populaire, ouvrier, et frondeur. Avant de devenir la
marionnette préférée des enfants, c'est dans les petites rues sombres et les bars malfamés qu'il a grandi et accompagné les Lyonnais dans leurs révoltes. Guignol est né fils de la révolution, et combat depuis plus de 200 ans l'injustice. Année de Production :
Guignol, l'âme populaire de Lyon Impossible d'échapper à sa tête de bois... ou
d'ignorer son origine lyonnaise. Guignol est à Lyon ce que Gavroche est à Paris : l'incarnation d'un passé populaire, ouvrier, et frondeur. Avant de devenir la
marionnette préférée des enfants, c'est dans les petites rues sombres et les bars malfamés qu'il a grandi et accompagné les Lyonnais dans leurs révoltes. Guignol est né fils de la révolution, et combat depuis plus de 200 ans l'injustice. Année de Production :
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00:00Musique
00:30Le cas où, la belle Hélène,
01:00ou bien encore Maria
01:01et son fils, Mariona.
01:05Ils hibernent
01:06et se reposent une bonne partie de l'année
01:08en attendant carnaval
01:10et kermesse.
01:13Les géants sont
01:14à l'heure de sortie, en habits de travail
01:16ou cuirassés d'argent.
01:19Chaque village
01:20de Flandre française ou presque
01:22a ses géants.
01:25Nous, ici,
01:26c'est un ventre un peu plus de 4000 habitants,
01:284200 habitants. On a nos géants.
01:31On a plusieurs géants.
01:32Et on est fiers.
01:33Peut-être une ville ailleurs en France
01:35va faire un monument à la gloire
01:38d'un personnage, d'un général célèbre,
01:40d'empire. Eh bien, nous, on fait
01:41un géant. C'est plus convivial.
01:46Depuis leur naissance au 16e siècle,
01:49ces personnages de carton-pâte
01:50et d'osier ont traversé
01:52l'histoire mouvementée de cette région
01:53frontalière du nord de la France.
01:55Ils sont le ciment de la vie communautaire,
01:59font revivre les ancêtres
02:00et jouent un rôle essentiel
02:02dans une identité
02:04longtemps malmenée.
02:05Applaudissements
02:06C'est à Douai
02:19que le plus ancien géant
02:21répertorié dans le nord de la France
02:23est né. Nous sommes
02:25au 16e siècle.
02:27La ville, située en plein cœur
02:29de l'Europe du Nord,
02:30est alors, comme l'ensemble des Flandres,
02:33une riche contrée.
02:36On est sur la place d'armes.
02:38C'est la place principale de la ville.
02:40C'est le cœur de vie, le cœur de Douai.
02:42C'est ici que tout le monde se rassemble,
02:43tout le monde se retrouve.
02:45C'est initialement la place du marché
02:46au Moyen-Âge.
02:48Tous les agriculteurs du coin
02:49avaient pour obligation
02:50de venir vendre ici.
02:52Et ensuite,
02:52on a aussi vendu le drap et le tissu.
02:54La richesse de Douai,
02:56c'est avant tout
02:56d'être une ville drapière
02:57comme toutes les grandes villes flamandes.
03:01Ces villes argentées
03:02deviennent puissantes
03:03et s'émancipent
03:04de la tutelle seigneuriale.
03:07Elles font ériger
03:07d'immenses baies froides
03:09pour manifester sur l'espace urbain
03:10leur souveraineté politique.
03:12On entend le carillon du Beffroi.
03:24Les 62 cloches
03:25viennent de s'agiter ici
03:27pour annoncer
03:28les moments de la journée
03:29aux Douaisiens
03:30comme on pouvait le faire
03:31dès le Moyen-Âge.
03:36Ici,
03:37coexister la tour de l'église,
03:39la tour du château du Comte
03:41et la tour du Beffroi
03:42qui incarnait le pouvoir municipal.
03:44Donc, on va construire
03:45la tour la plus haute possible.
03:47Celle du Beffroi
03:48mesure 60 mètres de haut.
03:50On a une vue là-haut
03:51à 10-12 kilomètres à la ronde.
03:54Ce pouvoir local
03:55s'affiche également
03:57lors des fêtes patronales
03:58où l'on célèbre
03:59le Saint de la ville.
04:01Et pour rendre encore plus spectaculaires
04:03ces processions religieuses,
04:05leur donner encore plus de fastes,
04:07les édiles,
04:08les maires de l'époque,
04:09reprennent l'idée
04:10d'une tradition espagnole,
04:12celle des géants.
04:14Au XVIe siècle,
04:15Douai n'est pas encore française.
04:17Douai est une ville
04:17dite espagnole
04:18parce que notre co-gouverneur
04:20c'est Charles Quint.
04:21Charles Quint,
04:22de par ses héritages,
04:23va régner depuis l'Espagne.
04:25On sera donc considéré
04:25comme une terre dite espagnole.
04:28Et dès le XVIe siècle,
04:29Charles Quint va venir ici
04:31inonder le territoire
04:32de divertissement.
04:34C'est à lui qu'on doit
04:34notamment la tradition
04:35des géants
04:36dans le nord de la France.
04:37Malgré une défiance
04:40envers les Espagnols,
04:42les processions religieuses
04:43avec des géants
04:44plaisent
04:45et font partie
04:45des rares traditions adoptées.
04:48C'est à cette époque
04:49que le géant de Douai
04:51est né
04:51et il a survécu.
04:54Il attend sa sortie annuelle
04:55dans un hangar
04:56du centre de la ville.
04:57Je vous présente
04:59Monsieur Gaillant.
05:00Monsieur géant,
05:01pourrait-on dire,
05:02parce que Gaillant
05:03en langue picarde,
05:04ça veut dire géant.
05:05C'est un privilège
05:06de le voir d'aussi près,
05:07c'est un privilège
05:08de le voir
05:09hors période de fête,
05:10vraiment en face à face
05:11et oui,
05:12il est très déstabilisant.
05:14Quand on regarde
05:15Monsieur Gaillant,
05:16on pense tous
05:17à quelqu'un de notre famille,
05:18à quelqu'un qui nous relie,
05:20à cette histoire,
05:21à notre patrimoine,
05:21à notre héritage.
05:22Si ma mère voyait
05:23cette image-là,
05:24elle pourrait pleurer.
05:25mon grand-père
05:26a porté Gaillant
05:27pendant de très,
05:28très longues années.
05:28Il a eu ses médailles
05:29de la ville,
05:30justement, également.
05:31Et voilà,
05:32Monsieur Gaillant
05:32incarne véritablement
05:33cet esprit de famille.
05:35S'il a les yeux,
05:36disons,
05:36de mon grand-père,
05:37ce qu'on raconte
05:38toujours quand il nous regarde,
05:40c'est mon grand-père
05:41qu'on voit, évidemment.
05:43Des souvenirs
05:43d'autant plus précieux
05:44que Monsieur Gaillant
05:46a failli disparaître
05:47à jamais.
05:49Au XVIIe siècle,
05:50la ville devient française
05:51avec Louis XIV.
05:53L'esprit des Lumières
05:54va s'emparer
05:54de la société.
05:56On ne veut plus trop
05:56de ces fêtes un peu
05:57archaïques,
05:58un peu anciennes.
05:59On va vouloir transformer,
06:00moderniser la société.
06:02Les géants ne sont plus
06:02les bienvenus
06:03dans nos sociétés,
06:04dans nos divertissements.
06:05On va essayer
06:05de changer les choses.
06:09Encore moins tolérante,
06:11la révolution élimine
06:13définitivement
06:14ces effigies
06:14en qui elle voit
06:16les symboles
06:16de l'Ancien Régime.
06:18Ainsi,
06:19un géant de la région,
06:21après avoir été coiffé
06:22d'un bonnet rouge
06:22et purement
06:23et simplement
06:24décapité.
06:29Mais à Douai,
06:30comme ailleurs,
06:31le XIXe siècle
06:32offre un terreau favorable
06:33au retour
06:34des traditions anciennes.
06:37Nourri par la pensée romantique,
06:39à la recherche des origines
06:40de l'homme
06:41et de la société,
06:42le géant reprend
06:43du service.
06:54C'est à cette époque
06:56que le village de Cassel
06:58voit apparaître
06:59ces géants.
07:00Posés sur un mont boisé,
07:02ils dominent
07:02toute la plaine de Flandre.
07:06Alors,
07:06nous sommes une hauteur
07:07tellement démesurée,
07:08je n'ose pas le dire,
07:10nous sommes à 176 mètres,
07:12mais il n'y a pas plus haut
07:13dans la Flandre.
07:14La plaine flamande
07:15est plutôt plate
07:17ou semi-plate
07:18et tout d'un coup,
07:18on voit toute cette chaîne
07:19de collines,
07:20ce qu'on appelle bien sûr
07:21la cordière des Flandres
07:23et à son sommet,
07:24le mont Cassel.
07:25Donc,
07:25c'est vraiment
07:26l'évresse des Flandres.
07:29À tel point
07:29que ces habitants
07:30se désignent eux-mêmes
07:32sous le nom de montagnards.
07:34Cette fibre identitaire
07:35s'est nourrie
07:36de l'existence
07:37de deux colosses
07:38nés au XIXe siècle,
07:40le couple de géants
07:40Reuse-Papa
07:41et Reuse-Maman,
07:43Reuse signifiant
07:44géant en flamand.
07:46La légende raconte
07:47qu'ils sont
07:48les ancêtres du mont
07:49et de ses habitants.
07:50Dans les temps
07:55très, très lointains,
07:57il y a qu'un siècle
07:58et demi environ
07:59dans les glaces
07:59du Groenland,
08:00se trouvait toute
08:01une série de géants
08:02et qui n'arrêtaient pas
08:03de boire,
08:04de chanter
08:05et de faire la fête.
08:06Mais ils ont décidé
08:07quand même
08:07d'aller découvrir la terre.
08:08On ne sait pas pourquoi.
08:09Ils ont pris
08:10des petites mottes de terre
08:12et ils sont arrivés ici.
08:13Grands amateurs de bière,
08:15ces géants.
08:15Les deux grands géants,
08:17Reuse-Papa,
08:18Reuse-Maman,
08:19ce sont les parents
08:20de tous les géants
08:21au monde entier.
08:22Et Reuse-Maman
08:23était fatiguée.
08:25Reuse-Papa,
08:26je n'en peux plus,
08:27je suis trop fatigué.
08:29Oh que c'est lourd,
08:30oh que c'est lourd,
08:30on s'arrête,
08:31on va laisser tomber
08:32notre mode de terre.
08:33Reuse-Papa et Reuse-Maman
08:34vont laisser tomber
08:35chacun leurs petites montagnes.
08:38Le Mont-Cassell est né,
08:40l'Everest des Flanges.
08:44Au 19e siècle,
08:45les pouvoirs locaux
08:46plongent dans les archives,
08:48les contes de grand-mère
08:49au coin du feu,
08:49les anecdotes
08:51plus ou moins authentiques.
08:53La ville a besoin
08:54d'un symbole
08:54qui ancre les habitants
08:56dans un passé commun.
08:58Le géant
08:59devient le défenseur
09:00de la ville.
09:02Reuse-Papa
09:03et Reuse-Maman,
09:04les originaux,
09:05sont hébergés
09:06au musée de Flandre
09:07au cœur de Cassell.
09:08Reuse-Papa est un grand guerrier.
09:13C'est un guerrier romain,
09:14évidemment.
09:15Reuse-Papa a une fière allure.
09:17Il regarde vers le haut
09:17pour montrer,
09:18il ne va pas regarder
09:19les bas gens
09:20au ras du sol.
09:22On voit le soleil
09:22qui domine son monde
09:23comme un pendentif.
09:25On voit évidemment
09:26son épée,
09:27on sent que c'est un guerrier.
09:28Dorénavant,
09:32les géants
09:32ne sortent plus
09:33pour les fêtes
09:33des saints protecteurs.
09:35Ils basculent
09:36définitivement
09:37dans le profane,
09:38celui des carnavals
09:39et des fêtes populaires.
09:41Comme les habitants,
09:42ils subissent
09:43les deux guerres mondiales.
09:44Ils sont cachés
09:45quand ils ne sont pas brûlés.
09:51Jamais vaincus,
09:53les années 1970
09:54les voient revenir
09:55en fanfare
09:56quand renaît
09:57la vie communautaire.
09:59Stine Vord,
10:00village français
10:00frontalier de la Belgique,
10:02réunit tous les 4 ans,
10:04le temps d'un week-end,
10:05plus d'une cinquantaine
10:06de sympathiques géants.
10:08Le samedi,
10:10honneur aux femmes.
10:12Parmi elles,
10:13Dame Nature
10:13et son équipe
10:14très féminine.
10:18On n'a pas
10:19fermé les portes
10:20aux hommes
10:20où on ne s'est pas dit
10:21« Dame Nature,
10:22c'est une diante féminine
10:23donc ça ne va être
10:24que des filles ».
10:26Mais c'est vrai
10:26que Dame Nature,
10:27c'est une des filles
10:28une équipe de filles
10:29aux yeux de tout le monde
10:29et en vrai de vrai,
10:31ça ne nous va pas bien.
10:34Un géant,
10:35systématiquement,
10:36on en prend toujours soin
10:36parce que c'est dans nos cœurs,
10:38ça a de la valeur,
10:39c'est une valeur inestimable.
10:40Il faut qu'elle soit incroyable,
10:41il faut toujours
10:41qu'elle soit sur son 31%
10:43évidemment.
10:43C'est ça, évidemment.
10:52Aujourd'hui,
10:53un géant naît toujours
10:54de l'envie
10:55d'un groupe de personnes.
10:56Mais ce ne sont plus
10:57des élus.
10:58C'est un collectif
10:59qui partage
11:00des valeurs communes,
11:02une association
11:02ou un comité de quartier.
11:05Comme Erika et Corinne,
11:06à l'origine de Dame Nature,
11:07qui veulent rompre
11:09l'isolement des personnes âgées.
11:13On a une grande aventure,
11:14c'est une grande famille.
11:15J'ai plein de gens
11:16autour qui sont là
11:17et c'est ma grande famille
11:18intergénérationnelle.
11:20On prend soin de l'autre
11:21et vraiment,
11:23je pense qu'on est
11:23dans ce truc-là.
11:24Le don contre don.
11:27Donc voilà,
11:27je suis donnée
11:28à un moment donné
11:29et puis ils savent rendre.
11:30Donc c'est ça
11:31qui est chouette.
11:34Corinne et Erika
11:35poursuivent
11:36un autre combat.
11:36la défense
11:38de l'environnement.
11:39Prendre soin
11:40des gens
11:40et de la nature,
11:42la double casquette
11:43de leur géante.
11:46Bonjour messieurs-dames.
11:48Alors,
11:48on vous offre
11:49un petit message vert.
11:50En plus,
11:51celui-ci,
11:51c'est mamie
11:52qui l'a décidé.
11:53Les abeilles
11:53aiment les pissenlits.
11:55Ce sont des graines
11:56mélifères dedans.
11:57La prairie fleurie
11:58pour attirer les abeilles.
12:00Donc voilà,
12:01et on a un petit message dedans.
12:03C'est Dame Nature
12:04porteuse de messages verts.
12:06Le lendemain,
12:24le dimanche
12:25de ce week-end festif
12:26à Stinevord,
12:27les géants se joignent
12:29aux géantes
12:29pour le grand défilé.
12:31tous se dandinent
12:32au rythme des fanfars.
12:39Toutes les personnes
12:39qui ont gravité
12:40autour d'un géant
12:41quand ils étaient petits,
12:42ils ont participé
12:43à un cortège,
12:45à distribuer
12:45des programmes.
12:47Ils étaient costumés,
12:48ils faisaient partie
12:48d'un groupe.
12:49Ce sont des souvenirs
12:50qui reviennent
12:51et on rencontre
12:51des amis.
12:52Moi, j'espère voir
12:53un copain
12:54avec qui j'ai fait
12:55de la musique
12:55il y a 50 ans.
12:56On a fait des géants
13:03en osier
13:04et ces géants
13:05étaient vraiment portés
13:06pour qu'ils puissent
13:06danser,
13:07tourner,
13:09se rapprocher
13:09du public,
13:11vraiment de vivre.
13:12C'est ça qui donne une vie.
13:13Quand il y a
13:13un défilé de géants,
13:15on dit
13:15celui-là,
13:16il est roulé
13:17parce qu'il est statique
13:17et un géant
13:18qui ne danse pas,
13:19c'est un géant
13:19qui ne vit pas.
13:20Ce n'est pas possible,
13:22ce n'est pas un géant.
13:23Ça fait 65-70 kg
13:36à peu près
13:36et elle fait 4,20 m de haut
13:38et ça va après.
13:41Il y a les années
13:41d'expérience aussi
13:42qui font ça
13:42mais c'est donné
13:45à tout le monde.
13:45Il faut juste
13:46aimer ce qu'on fait.
13:47C'est tout.
13:48Moi, je suis là
13:49dedans, on va dire.
13:50Et puis tout bébé,
13:51quand j'étais dans le berceau,
13:52j'ai suivi.
13:53Donc, c'est mon père
13:55qui était vice-président
13:55qui m'a donné la passion.
13:58C'est l'émotion.
14:00Et voilà,
14:01je suis dans
14:01depuis bébé,
14:02je veux dire.
14:03C'est faire plaisir aux gens,
14:06voir dans les yeux
14:07des enfants
14:07les yeux qui pétillent.
14:11C'est un plaisir.
14:14En fait,
14:14il faut le vivre
14:15pour le croire.
14:16C'est ça, en fait.
14:17Il faut vraiment...
14:19C'est une passion.
14:21Ça me fout des frissons
14:22à chaque fois.
14:23C'est ça.
14:43Impossible d'échapper
14:44à sa tête de bois
14:45ou d'ignorer
14:46son origine lyonnaise.
14:48Guignol est à Lyon
14:50ce que Gavroche est à Paris,
14:52l'incarnation
14:53de son passé populaire,
14:55ouvrier
14:55et frondeur.
14:58Avant de devenir
14:59la marionnette préférée
15:00des enfants,
15:02c'est dans les petites rues sombres
15:03et les bars
15:03mal famées,
15:05au milieu des vapeurs
15:06d'alcool,
15:06qu'il a grandi
15:07et accompagné
15:08les Lyonnais
15:09dans leur révolte.
15:10Guignol est né
15:11fils de la révolution
15:12et combat depuis
15:14plus de 200 ans
15:15l'injustice.
15:17C'est dans le cœur
15:38ouvrier de la fin
15:39du XVIIIe siècle,
15:41dans le quartier de Saint-Georges
15:42que Guignol voit le jour.
15:45Lyon est alors
15:46une ville prospère
15:48et commerçante,
15:49réputée pour ses soirées.
15:51Elles sont confectionnées
15:52dans les ruelles
15:52de la vieille ville
15:53par des petites mains
15:55que l'on appelle
15:56les canuts,
15:57des ouvriers
15:58au statut particulier
15:59dont le savoir-faire
16:00se transmet
16:01de père en fils.
16:04Ce n'est pas
16:05un prolétariat
16:06au sens traditionnel
16:07du terme,
16:08en ce sens
16:08qu'ils ne sont pas
16:09des employés.
16:11Ils sont les employeurs
16:12d'eux-mêmes.
16:13Ils sont propriétaires
16:14de leur métier,
16:15ils sont propriétaires
16:16de l'appartement,
16:19la pièce
16:19qui contient le métier.
16:22C'est une population
16:23qui est une population
16:24qui a une culture
16:25où il y a beaucoup,
16:26par exemple,
16:26de théâtre,
16:27de société.
16:28Le dimanche,
16:30on joue
16:30pour ses voisins,
16:31on se réunit
16:32pour jouer
16:33ou on se réunit
16:34pour faire de la musique
16:34ou on se réunit
16:35pour être ensemble
16:36et pour faire quelque chose.
16:37Ces tisserands,
16:46considérés
16:46comme les meilleurs
16:47du monde,
16:48se divertissent
16:48notamment
16:49des farces médiévales
16:50et des spectacles
16:51de la comédia
16:52dell'arte
16:53venus de l'Italie voisine
16:55qui influence
16:55particulièrement
16:56le lion de cette époque
16:58jusque dans son architecture.
16:59Mais le quotidien
17:06des canuts
17:07est bientôt bouleversé
17:08par la Révolution française.
17:13Après la Révolution,
17:14les commandes de la cour,
17:16les commandes des riches,
17:17tout le monde est en fuite,
17:18tout le monde est en cavale,
17:19on se planque
17:19dans tous les coins
17:20et donc,
17:21on n'est pas d'humeur
17:22à acheter des belles soirées
17:24pour recouvrir
17:25ses chaises
17:25et ses fauteuils.
17:27Donc, après la Révolution,
17:28il y a un chômage énorme.
17:29Et c'est de ce chômage
17:30que naîtra Guignol.
17:34En 1789,
17:36Laurent Mourguet
17:36est un canut
17:37âgé de 20 ans.
17:38En charge d'une famille
17:40qui compte bientôt
17:4010 enfants,
17:42il doit trouver
17:42un autre moyen
17:43de gagner sa vie.
17:45La première solution
17:46qu'il a trouvée
17:47était un peu inattendue,
17:48mais c'était
17:48arracheur de dents.
17:49Il y avait une tradition
17:50qui voulait que
17:51pour attirer les clients,
17:53on joue des marionnettes.
17:55Donc, on jouait
17:55des marionnettes
17:56et puis au moment
17:56où on arrachait la dent,
17:57on faisait beaucoup de bruit
17:58pour ne pas que les gens
17:59entendent l'écrire.
18:01Mourguet s'est trouvé
18:02dans cette tradition-là.
18:03Et puis,
18:04le temps a passé.
18:06La dentisterie
18:06l'a un peu fatigué.
18:09Et en revanche,
18:10les marionnettes
18:10l'ont attrapé.
18:11Et il est resté
18:12accroché aux marionnettes.
18:14Laurent Mourguet fait
18:18ses premiers spectacles
18:19avec le héros
18:20de la comédia
18:21d'Alerte,
18:22Paulie Chinel.
18:24Mais le pantin
18:25au nez protubérant
18:26s'avère trop éloigné
18:27des préoccupations
18:28de son public.
18:30En 1808,
18:31Mourguet décide
18:32de créer une marionnette
18:34à son image.
18:38Mourguet a donné
18:39à Guignol son visage
18:41et certainement aussi
18:42une grande partie
18:43de son tempérament
18:44et de sa bonhomie.
18:46Ce qui caractérise
18:47le personnage de Guignol,
18:49c'est son sens de la justice
18:50et son urgence de la justice.
18:52C'est-à-dire qu'il veut
18:53être juste.
18:56Il peut bien être filou,
18:58ça lui arrive aussi.
18:59Il n'est pas toujours
19:00très blanc-bleu,
19:02il n'est pas toujours
19:02très honnête,
19:03mais il a
19:04un sens de la justice.
19:07À coups de bâtons de bois
19:08appelés taveles
19:10et de jeux de mots,
19:11Guignol défend
19:12les laissés-pour-comptes,
19:13se jouant des gendarmes
19:15et des leçons de morale
19:16de la bonne société.
19:25À quelques pas
19:26de la maison de Mourguet,
19:28où Guignol vit le jour,
19:30le musée Gadagne,
19:31imposant bâtiment
19:32Renaissance de la ville,
19:34conserve précieusement
19:35les traces
19:35de l'épopée
19:36de l'enfant du pays,
19:38un gaune en lyonnais,
19:39et de ses acolytes.
19:52Alors le voilà,
19:53c'est le premier,
19:54le premier d'une longue,
19:56longue, longue série.
19:58Ça, c'est celui
19:58de Laurent Mourguet.
19:59Voilà, ce sont les deux autres
20:03de la Trinité et de Mourguet,
20:06donc Gaffron, évidemment,
20:07est assez haut en couleur,
20:08donc il attire
20:10assez facilement
20:11les suffrages.
20:12La pauvre Madelon,
20:12elle attire plutôt
20:13le gourdin,
20:14donc sa situation
20:16est moins enviable.
20:17La clientèle populaire lyonnaise
20:22se reconnaît
20:23dans les personnages
20:24des trois compères
20:24et se délecte
20:26des petites scénettes
20:27souvent improvisées
20:28relatant les tracas
20:29du quotidien.
20:31C'est un savant mélange
20:32de bonne et de mauvaise humeur,
20:34parfois arrosé
20:35d'un petit coup
20:36de jus de raisin.
20:37Guignol obtient
20:49un tel succès
20:50qu'il va se répandre
20:52partout dans Lyon
20:53et tous les bistrots
20:55de Lyon
20:55vont vouloir s'attacher
20:57à un théâtre guignol
20:58pour attirer la clientèle,
21:00pour dire des balivernes
21:02sur les uns
21:03et sur les autres,
21:04pour raconter
21:05les dernières nouvelles,
21:06l'actualité,
21:07dans un souci
21:08sans doute
21:08de surenchère,
21:09de séduction
21:10d'un public
21:11de plus en plus
21:12populaire et gueulard,
21:13un peu soifard aussi.
21:15Guignol a tendance
21:16un peu
21:17à renverser la salière
21:18sans doute
21:18et un petit peu
21:19à accentuer
21:21les effets
21:22un peu disons
21:23de syndicalisme excessif
21:25ou quelque chose comme ça.
21:26Et donc,
21:27la police commence
21:28à s'inquiéter
21:29de cette situation.
21:34La marionnette
21:35accompagne
21:35les révoltes
21:36des canuts
21:37qui,
21:37dès 1831,
21:39revendiquent
21:39une meilleure rémunération.
21:42Tandis que l'arrivée
21:43des métiers
21:43à tisser
21:43de grande taille
21:44les contraint
21:45à déménager
21:46vers le quartier
21:47de la Croix-Rousse,
21:48de l'autre côté
21:49de la Saône.
21:52Une série
21:53de soulèvements
21:54met la ville
21:55à sac
21:55jusqu'à l'avènement
21:56du Second Empire.
21:57à sa tête
21:59Napoléon III.
22:02Il serre la vis
22:03et oblige
22:03les marionnettistes
22:04à faire approuver
22:05leur texte
22:06par la police.
22:061852,
22:12c'est un vrai moment
22:13de panique
22:13dans le monde
22:15des marionnettistes.
22:16Personne n'avait
22:17jamais écrit,
22:18n'avait même songé
22:19à écrire
22:19les pièces
22:21telles qu'elles
22:22étaient jouées.
22:23Sans la police,
22:24qui a tant fait
22:25pour en faire
22:26baver les marionnettistes,
22:28on ne saurait pas
22:29ce que Laurent Mourguet
22:30a joué.
22:31La censure
22:31est aussi
22:32un moyen
22:32formidable
22:33de publicité.
22:35La censure
22:36a aidé
22:36parce qu'elle a donné
22:37un côté sulfureux
22:38au spectacle
22:39de Guignol.
22:40Il y a des gens
22:41de tous milieux
22:42et de tous horizons
22:43qui aiment ça.
22:44Il y a du sulfureux.
22:46On va voir
22:47ce qui se passe.
22:52La marionnette ouvrière
22:54conquiert ainsi
22:55progressivement
22:56un public
22:57plus bourgeois.
22:58Les spectacles
22:59quittent
22:59les bistrots
23:00malfamés
23:00pour les castelets
23:01des jardins publics
23:03où se côtoient
23:04les différentes couches
23:05de la société lyonnaise.
23:07C'est aussi
23:07le moment
23:08où Guignol
23:08fait son entrée
23:09sur la Seine parisienne.
23:15Sa popularité
23:16grandissante
23:17exige une production
23:18plus importante
23:19de marionnettes.
23:21Il faut aller chercher
23:22le bois de Tilleul
23:23jusque dans les montagnes
23:24au nord-est de Lyon.
23:31Saint-Claude
23:33est un petit village
23:34du Jura
23:35réputé
23:36pour ses fabricants
23:37de pipes
23:37depuis le XVIIIe siècle.
23:41Aujourd'hui,
23:43la pipe
23:43est passée de mode
23:44mais on y travaille
23:45toujours le bois.
23:48Damien Veils
23:48est l'un des derniers
23:49sculpteurs
23:50de marionnettes
23:51à travailler
23:51dans la tradition
23:52de Mourguet.
23:53Le bois de Tilleul
23:59est le bois traditionnel
24:01dans lequel sont sculptées
24:02les marionnettes françaises.
24:04Notre ami Guignol,
24:05surtout.
24:06Ce n'est pas un bois
24:07qui est trop tendre
24:08et ce n'est pas un bois
24:09qui est trop cher.
24:11C'est un bois
24:12qui est très tolérant
24:14dans le sens
24:14où il accepte facilement
24:15la peinture
24:16sans avoir de réaction
24:17chilique.
24:18Et on entend ce son
24:19comme ça,
24:21comme celui d'un luthier
24:22qui vient travailler
24:22un violon
24:23un son légèrement creux.
24:26Ce qui est signe
24:27qu'il y a eu
24:27un bon affûtage.
24:32Donc là,
24:32j'attaque le sourire
24:33de Guignol.
24:35Au départ,
24:35Guignol ne souriait pas.
24:37Guignol, au départ,
24:38avait une tête
24:40assez frondeuse,
24:41assez sévère.
24:42Et au fur et à mesure
24:43de son évolution,
24:44Guignol, du coup,
24:44est devenu un personnage
24:45extraordinairement souriant
24:47qui ouvre la porte
24:47aux féeries,
24:49à la rêverie,
24:50à tout ce qui est
24:51propre à l'imaginaire.
24:53à l'heure où la comtesse
24:55de Ségur
24:56divertit les enfants
24:57avec ses histoires
24:58et où le jouet
24:59devient un objet
25:00de commerce,
25:01Guignol se fait
25:02une place
25:03dans les chambres
25:04des petits français
25:05de bonne famille.
25:07Ironie de l'histoire,
25:08son sens de la justice
25:10en fait une marionnette morale.
25:11Il va y avoir un début
25:14d'industrie
25:15de Guignol
25:17en tant qu'objet
25:18de fascination.
25:18Donc, on quitte
25:19la marionnette
25:20en tant qu'objet
25:21de représentation
25:22théâtrale
25:23pour arriver déjà
25:25aux amorces
25:26du Guignol
25:27marionnette jouée
25:28qu'on connaît
25:28aujourd'hui.
25:34Au début du XXe siècle,
25:36Guignol devient
25:37un étendard
25:38de la ville de Lyon
25:39qui, à l'occasion
25:40de son centenaire
25:41en 1908,
25:42en revendique
25:43fièrement la paternité
25:44dans un souci
25:45de se distinguer
25:46de Paris.
25:52Si le spectacle
25:53de Guignol
25:53est désormais
25:54un incontournable
25:55de l'enfance,
25:56à Lyon,
25:57on s'attache
25:58à raviver l'impertinence
25:59de ce fils de Canu,
26:01chômeur.
26:09Au théâtre
26:12Le Guignol
26:13de Lyon,
26:14une troupe
26:14modernise son répertoire
26:16en s'emparant
26:17des combats
26:18de l'époque.
26:20Oh,
26:20et comment
26:21qu'on fait
26:21pour devenir milliardaire ?
26:23Ça me plairait bien
26:24moi aussi !
26:24Oh,
26:25c'est simple.
26:25Hé, Guignol,
26:26si tu veux,
26:27je peux te donner
26:28quelque guillot.
26:29Tu trouves
26:29un plus pauvre que toi.
26:31Tu lui fais faire
26:31le travail
26:32que t'as pas envie
26:32de faire,
26:33tu lui fais payer
26:34à sa place
26:35et tu lui redonnes
26:35un petit peu d'argent.
26:37Un petit peu d'argent ?
26:38Attention,
26:38un tout petit peu.
26:39Ah,
26:40un tout petit peu.
26:40Oui,
26:41comme ça,
26:41tu es pauvre,
26:42toi,
26:42crois-tu ?
26:42Il y a le caractère
26:43de Madelon.
26:44Donc,
26:44Madelon,
26:45dans la tradition,
26:46c'est une mégère,
26:46acariate,
26:47qui passe son temps
26:47à hurler sur son bonhomme.
26:49Alors,
26:50ça crée des rires,
26:51ça crée du gag aussi,
26:52donc des fois,
26:52on y va quand même.
26:54Mais,
26:54pour nous,
26:55c'était important
26:55que Madelon
26:56ce soit une femme d'aujourd'hui.
26:57En fait,
26:58t'as un boulot ?
26:59Oui.
27:00Ça dépend quand,
27:01des fois,
27:01et puis,
27:01tu sais faire plein de trucs.
27:03Oui.
27:03Tu passes pas ta vie
27:04à faire le ménage
27:05chez toi
27:06et à ranger
27:06les chaussettes sales
27:07de ton mec.
27:07Ah non,
27:08ça,
27:08c'est fini.
27:09Bon,
27:09ben voilà.
27:11C'est cette chose-là
27:21qui nous plaît aussi
27:22dans Guignol.
27:23C'est qu'il défend
27:24les opprimés,
27:24en fait.
27:25Donc,
27:25aujourd'hui,
27:26il peut défendre
27:26les clandestins,
27:27les réfugiés politiques,
27:29les pauvres,
27:30tout ce qu'on voit
27:31dans la vie
27:32qui nous fait mal au cœur.
27:33Guignol,
27:34il peut le faire
27:34et il le fait mieux que nous,
27:36au final.
27:37Parce que c'est une marionnette,
27:38il peut tout faire,
27:39il peut tout dire.
27:40Si t'es pas toi,
27:41tu t'es pas toi,
27:42tu prends ton sac,
27:43tu vas rocher.
27:43Si t'es trop chaud,
27:44tu fais trop chaud,
27:45tu vas rocher.
27:46C'est du risque chaud.
27:50Dany.
27:52Dany.
27:52Dany.
27:53Dany.
27:59Dany.
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