00:00Dans l'actualité également, de nouvelles sanctions prises par l'Union Européenne contre la Russie.
00:04C'est le 18e paquet de sanctions qui vise Moscou depuis le début de l'invasion en Ukraine en février 2022.
00:09Et il vise le pétrole russe et prévoit un abaissement du prix du baril.
00:12Des sanctions qui interviennent alors que l'Ukraine est sous le coup d'attaques de drones très intenses ces dernières semaines.
00:17On va retrouver notre correspondant Cyril Amoursky.
00:20Les nuits en Ukraine sont particulièrement meurtrières, notamment à Odessa.
00:25Oui, tout à fait. On voit semaine après semaine qu'il y a une intensification des frappes contre l'Ukraine.
00:29Il y a quelques jours, par exemple, il y avait plus de 700 drones et missiles qui ont été utilisés contre l'Ukraine.
00:34Et aujourd'hui, c'était plus de 379 drones et missiles lancés contre l'Ukraine, 344 drones, 35 missiles.
00:42Et les villes qui ont le plus subi cette nuit, c'était notamment les villes dans la région de Nipropetrovsk, mais aussi la ville d'Odessa.
00:49Ou par exemple, à Odessa, il y a eu cette nuit six blessés et un mort, une femme.
00:56Et parmi ces six blessés, on parle notamment d'un enfant de moins de 10 ans qui a été blessé.
01:02Ces frappes, elles s'attensifient.
01:03Et c'est pour cela que les Ukrainiens attendent justement, de la part des États-Unis et de la part des alliés européens de l'Ukraine,
01:10des mesures fortes en termes de soutien antiaérien, notamment les systèmes patriotes qui ont donc été promis par Donald Trump.
01:17Et les Ukrainiens attendent de voir quand est-ce qu'ils vont pouvoir arriver.
01:20Mais il faut comprendre que ces systèmes patriotes vont pouvoir protéger contre notamment les missiles balistiques.
01:26Mais par rapport à la lutte contre les drones, il faut d'autres systèmes, des systèmes qui sont moins chers, des moyens antiaériens qui sont moins chers.
01:32Et à ce niveau-là, pour l'instant, il n'y a aucune décision concrète qui a été prise.
01:36Merci beaucoup Cyril Lamorski depuis Kiev en Ukraine.
01:39En plateau pour en parler, nous sommes toujours avec Olivier Ravanello, évidemment.
01:43Claude Blanche-Maison, bonjour. Merci d'être avec nous.
01:45Vous êtes ancien ambassadeur de France en Russie.
01:47Et Michel Fayad, bonjour.
01:48Vous êtes analyse géopolitique enseignant en géopolitique du pétrole et du gaz à l'IFP.
01:54Je commence par vous.
01:55L'économie russe, on a parlé de ces sanctions justement de l'Union européenne, c'est ce 18e paquet de sanctions.
02:00Est-ce que l'économie russe est à ce point-là dépendante à l'exportation de pétrole, en gros ?
02:04Est-ce que ces sanctions vont être un réel coup dur pour la Russie ?
02:08Il est clair que l'économie russe dépend largement de l'exportation de ses ressources naturelles,
02:13essentiellement le pétrole et le gaz, mais il y a également le charbon et d'autres, aussi des métaux et des minerais.
02:21Maintenant, la question, c'est l'efficacité de ces sanctions,
02:23parce que frapper sur le prix du pétrole russe, c'est impacter le prix du pétrole mondial.
02:30Et là, en fait, sur votre antenne hier, j'expliquais qu'en réalité, en faisant cela,
02:35vous êtes en train de rapprocher les Américains et les Russes,
02:38parce qu'en réalité, quand vous vous frappez sur le pétrole russe,
02:42vous impactez le prix mondial du baril et le prix bas du baril mondial.
02:47Et donc, ça veut dire que vous êtes en train de frapper les États-Unis eux-mêmes,
02:50qui sont exportateurs de pétrole, exportateurs de gaz.
02:54Et les États-Unis ne vont pas voir d'un bon oeil la chute du prix du baril.
02:59Parce que, vous savez, Donald Trump a fait campagne, et on en parlait, là, dans le documentaire précédent,
03:05qu'en réalité, il a fait donc campagne en faveur du forage aux États-Unis.
03:12Donc, il fallait que les Américains forent de plus en plus.
03:14Drill, baby drill.
03:15Exactement. Et dans ce cas-là, il ne peut pas dire à ces gens,
03:19finalement, le prix du baril va être très bas,
03:22et donc, ce ne sera pas rentable pour vous de produire davantage.
03:25Donc, ce n'est pas une très, très bonne mesure d'un point de vue stratégique
03:28qui a été prise par l'Union européenne,
03:30parce qu'il aurait fallu prendre d'autres mesures pour sanctionner la Russie,
03:33sans prendre une mesure qui pourrait finalement rapprocher les Américains des Russes.
03:38– Et pourtant, Claude Blanchemaison, l'Union européenne affirme que ce dispositif
03:42a réduit les revenus pétroliers de la Russie de 30% depuis 2022,
03:45depuis le moment où ces premiers paquets de sanctions ont été imposés.
03:49Ce n'est pas suffisant du tout ?
03:50– Alors, ce n'est pas suffisant parce qu'en effet,
03:52le prix du pétrole au niveau mondial a baissé,
03:55donc il fallait abaisser le seuil, le plafond qu'on cherche à imposer
04:00aux exportations de pétrole russe pour diminuer les rentrées budgétaires
04:05qui servent à financer la guerre, bien entendu.
04:07Et donc, je crois qu'hier, on a fixé un seuil de 45 dollars le baril,
04:12qui est très bas en effet, et qui pose des problèmes.
04:15Moi, j'y vois évidemment un autre intérêt,
04:17c'est à chaque fois qu'à Bruxelles, on discute d'un nouveau paquet de sanctions,
04:23naturellement, tout le monde sourit en disant « mais ça ne sert à rien,
04:27d'ailleurs c'est le 18e paquet hier ».
04:30Ben oui, mais justement, ça sert de test de la cohésion européenne,
04:33parce qu'on sait que la Hongrie menace à chaque fois de mettre son veto,
04:39que l'Hongrois fait beaucoup de bruit généralement,
04:43et puis que finalement, il s'absente au moment du vote,
04:46puisque l'abstention ne fait pas obstacle au consensus.
04:49Hier, c'était le Slovaque.
04:51Le Slovaque avait mis son veto,
04:54et finalement, à une réunion tout à fait technique,
04:57qui était une réunion des ambassadeurs, des États membres auprès de l'Union européenne,
05:00on s'est mis d'accord, et la Slovaquie a levé son veto.
05:05Donc, encore une fois, pour la 18e fois,
05:08eh bien l'Union européenne a marqué,
05:10alors évidemment, c'est une négociation,
05:12probablement qu'il a obtenu autre chose en contrepartie,
05:14le Slovaque, bien sûr,
05:16peut-être sur ses importations futures de gaz,
05:18on n'en sait rien,
05:19mais en attendant, pour la 18e fois,
05:21après qu'il y ait eu beaucoup de bruit fait par les deux pays
05:24qui soutiennent la position russe,
05:27en réalité, à l'intérieur de l'Union européenne,
05:29eh bien la décision de sanction a été prise,
05:31donc c'est un poids symbolique important,
05:34même si, sur le plan technique, en effet, on pourra en discuter.
05:37Je note quand même que la Grande-Bretagne,
05:39le Royaume-Uni de Grande-Bretagne,
05:40s'est ralliée de l'extérieur à cette décision,
05:44qui est quand même un signe important,
05:45c'est d'abord la volonté du Premier ministre...
05:48Peut-être que la visite d'Emmanuel Macron en Grande-Bretagne...
05:50La volonté du Premier ministre britannique
05:51de se rapprocher au maximum de l'Union européenne,
05:54donc c'est maintenant l'Union européenne plus...
05:56Il y a eu un Brexit ? Bah oui, il y a eu un Brexit,
05:57donc on ne va pas le renverser,
05:59mais on a une formation politique qui fonctionne,
06:02avec les 27 États membres, plus le Royaume-Uni.
06:05Et ça, politiquement, c'est très important,
06:07et le message politique est entendu par Poutine,
06:10ce matin, d'ailleurs, les commentaires du Kremlin,
06:13c'est qu'on va tout faire pour minimiser...
06:14Et on reprouvera dans quelques instants, justement...
06:17Justement, oui, on va aller tout de suite à Moscou,
06:19retrouver Jean-Didier Revoin,
06:21vous êtes notre correspondant à Moscou.
06:22Comment ces nouvelles sanctions sont perçues du côté du Kremlin ?
06:27Comment Vladimir Poutine réagit ?
06:29Écoutez, Vladimir Poutine n'a pas réagi personnellement,
06:31mais comme le disait Claude Blanchemaison,
06:33effectivement, le Kremlin dit qu'il fera tout ce qui est en son pouvoir
06:37pour minimiser l'effet de ces nouvelles sanctions.
06:39Alors, il y a des experts qui sont exprimés dans la presse russe aussi
06:42et qui jugent que ce nouveau prix planché du pétrole russe,
06:46soit 15% de moins que les cours mondiaux,
06:49eh bien, sera surtout pratiqué par les pays européens
06:52et pas par tous les pays du monde,
06:54ce qui laisse, effectivement, une marge de manœuvre aux producteurs russes
06:58pour essayer de diversifier leurs débouchés,
07:01de trouver de nouveaux clients qui pourraient acheter le pétrole russe
07:04et qui ne respecteraient pas les conditions posées par l'Union européenne.
07:08Et puis, ils s'appuient aussi sur des éléments plus ou moins objectifs
07:11pour acerter leur point de vue.
07:13C'est tout d'abord, ils prennent en compte le fait que le rouble
07:16n'a quasiment pas réagi à l'annonce de l'acceptation
07:19de ce 18e paquet de sanctions européennes.
07:22Et puis, si l'on prend le cours de la plus grande entreprise russe de pétrole,
07:27Rosneft, eh bien, à la Bourse de Moscou,
07:29le titre n'a perdu que 2%,
07:31ce qui n'est pas grand-chose compte tenu de l'impact fort
07:35que les Européens disent que leurs nouvelles sanctions auront.
07:39Et puis, alors effectivement, il faut noter aussi
07:42que ce 18e paquet de sanctions risque d'entraîner un manque à gagner,
07:47une perte de 7 milliards pour le budget de l'État russe,
07:507 milliards de dollars.
07:52Et les autorités, comme les experts,
07:55disent qu'estiment en tout cas que l'économie russe
07:57pourra amortir ce choc,
07:59comme elle a amorti les 17 paquets de sanctions précédents.
08:02Merci Jean-Didier Revoin, correspondant BFM TV à Moscou en Russie.
08:05Olivier Ravanelot, vous êtes toujours avec nous.
08:07Emmanuel Macron disait que ce paquet de sanctions
08:08pouvait permettre d'obtenir un cessez-fait inconditionnel.
08:12C'est là où il ne faut pas, à mon avis,
08:13se tromper sur l'impact que ça peut avoir
08:16et d'utiliser une arme, certes,
08:18mais de ne pas surdimensionner son effet.
08:20On le disait, 17 paquets de sanctions,
08:23les premiers étaient censés fragiliser, déstabiliser le pouvoir.
08:26Mettre à terre l'économie russe, disait Bruno Le Maire à l'époque.
08:29Exactement, et même de s'attaquer aux oligarques
08:31qui soutenaient le pouvoir de Poutine
08:33pour faire s'effondrer le château de Carte.
08:36La réalité, c'est qu'il y a beaucoup d'oligarques
08:37qui n'étaient en effet pas très en phase,
08:40qu'on a retrouvés morts
08:40ou un peu poussés dans le dos par la fenêtre,
08:43mais Poutine est toujours là.
08:46Et je rejoins ce que disait l'ambassadeur,
08:48il y a en effet des vertus à ces sanctions,
08:51mais de là à imaginer que c'est ça
08:52qui va faire mettre un genou à terre à Poutine,
08:54à mon avis, il y a loin,
08:55parce qu'il y a d'autres façons de s'adapter.
08:57Et la Russie a une capacité de résilience
09:00absolument extraordinaire.
09:01La première, c'est d'exporter vers d'autres pays
09:03dont Poutine se rapproche de plus en plus.
09:05Ces pays, c'est la Chine, c'est l'Inde.
09:07Aujourd'hui, 60% du pétrole
09:08part vers ces pays-là.
09:11La deuxième façon,
09:13c'est de faire du trafic.
09:15Et là aussi, les Russes ont une certaine expérience.
09:17Donc, on parle de la flotte fantôme.
09:18Il y a, comme nous l'expliquait notre ami hier,
09:21la possibilité de faire passer cela
09:23par des pipelines qui traversent le Kazakhstan.
09:26Donc, du pétrole qui rentre et qui est russe,
09:29mais qui, à la sortie, a changé de nationalité.
09:31Et puis, le dernier élément,
09:33c'est en effet tous ces pays,
09:34et notamment les pays de l'OPEP,
09:36qui voient le prix du pétrole baisser
09:38et qui ne vont sans doute pas l'accepter longtemps.
09:40Ils ont besoin aussi que le prix du pétrole soit plus haut.
09:43Et ils peuvent le faire monter
09:44en restreignant eux-mêmes leurs propres exportations.
09:47Mais si, au final, Poutine exporte moins,
09:50mais que ça lui rapporte autant,
09:51l'effet a été quand même très relatif.
09:53Donc, de là à ce que Poutine mettre un genou à terre,
09:56je pense qu'il est loin de la coupe aux lèvres encore.
09:58Et on verra aussi le rôle que peuvent jouer les Américains
10:01avec cet ultimatum lancé par Donald Trump
10:03de ces 50 jours qu'il laisse à Moscou
10:06pour mettre fin à cette guerre.
10:08On y reviendra, bien évidemment,
10:09tout au long de cette matinée.
10:10Merci, messieurs.
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