00:00Faire porter un effort aux malades, est-ce que, François Bayrou l'a dit de manière totalement décomplexée,
00:06est-ce que ça vous a surprise, est-ce que vous a étonné, choqué ?
00:10Bonjour, d'abord bonjour à toutes et à tous, merci beaucoup de nous donner la parole,
00:14donc je représente 4 millions et demi pratiquement de patients diabétiques.
00:19Je voudrais dire en préambule qu'on est parfaitement conscient des difficultés de l'assurance maladie,
00:24de la nécessité pour préserver notre système, de sa soutenabilité, de faire des mesures concrètes, efficaces.
00:32Ça, c'est un premier point.
00:33Donc on n'est pas opposé à toutes les réformes, en particulier sur celle de l'ALD, dont on parlera tout à l'heure.
00:40Alors maintenant, c'est vrai, et que la manière dont ça a été annoncé, comme vous dites, décomplexée, c'est assez brutal.
00:47En fait, c'est un catalogue de mesures qui ont été faites, qu'on connaît toutes très bien,
00:53puisqu'il y a eu trois rapports successifs, sur l'assurance maladie, de l'IAS et de la Cour des comptes récemment,
00:59qui ont montré toutes les pistes, sur des pistes d'économie.
01:02Alors maintenant, il faut voir ce qui est raisonnable de faire ou pas raisonnable de faire.
01:07L'augmentation des franchises en passant à 100 euros sur les médicaments n'est pas raisonnable,
01:15et on va en parler, je vais vous expliquer pourquoi.
01:17Jean-François Thébault, il y a une phrase qui a retenu l'attention de beaucoup de gens hier,
01:22sur les ALD notamment, donc les affections longue durée, dont le diabète fait partie.
01:26Quand François Bayrou dit que ça concerne 20% des Français, 5% des Allemands,
01:31en creux, il explique qu'il y a des malades qui ne sont pas vraiment malades,
01:34c'est comme ça qu'il faut le comprendre ?
01:35Non, ce n'est pas ça, c'est que le régime de l'ALD, c'est un régime en France tout ou rien,
01:41et actuellement sans nuances, et c'est ça qu'il a voulu dire.
01:46Par exemple, moi, diabétique de type 2 depuis une vingtaine d'années,
01:49en quoi ma maladie me donne-t-elle droit de faire payer mes transports par taxi ou ambulance ?
01:55Vous voyez, quand on est en ALD, il suffit d'avoir le mot diabète,
01:59quelle que soit la gravité du diabète, pour être en ALD.
02:02Et donc ça, c'est une des réformes sur lesquelles on est tout à fait favorable.
02:06À quoi ça sert l'ALD d'abord ?
02:07L'ALD, ça a deux vertus.
02:10La première, c'est de diminuer le reste à charge des patients,
02:14le reste à charge, mais en fait en supprimant le remboursement,
02:18enfin en épargnant les mutuelles de rembourser,
02:20ça peut faire des économies aux mutuelles, il faut être très clair.
02:23Mais la deuxième, c'est d'offrir des services,
02:25et des services de l'assurance maladie, des services de dépistage,
02:28des services de prévention, des services d'éducation thérapeutique,
02:32comme ça a été très bien dit par la Cour des comptes.
02:34Et ça, effectivement, c'est nécessaire de le donner à un stade très précoce de la maladie,
02:39pas trop tardif.
02:40Donc, avoir, comme le suggère l'assurance maladie,
02:43ou comme le suggère la Cour des comptes,
02:45avoir une ALD à dimension variable en fonction de la gravité de la pathologie,
02:51ce n'est pas idiot du tout.
02:51L'assurance maladie a parlé d'un statut pré-ALD qui permettrait de développer la prévention secondaire
03:00et la prévention tertiaire, qui sont très à la mode.
03:03Mais il faut savoir que quand on parle de prévention,
03:05la prévention primaire, ça va mettre des dizaines d'années pour être réellement efficace sur les budgets.
03:10Alors que la prévention secondaire, qui est les médicaments qu'on prend pour ne pas être malade,
03:14en prévention comme par exemple l'hypertension artérielle,
03:17ou la prévention tertiaire, qui est celle pour éviter les complications,
03:22comme par exemple pour le diabète, on prend des médicaments,
03:24pour éviter les complications du diabète, parce qu'on ne va pas guérir du diabète.
03:28On sera toute sa vie diabétique.
03:30Donc, on ne pourra pas sortir de l'ALD.
03:32Alors, le problème, c'est y rentrer au bon moment.
03:34Et ça, c'est une réflexion intelligente.
03:37Gaëtan, le Premier ministre, il veut donner l'impression qu'il prend le taureau par les cornes,
03:41qu'il s'attaque à ce que personne n'avait fait avant lui.
03:44C'est vrai que, est-ce que c'est vrai déjà ?
03:47Est-ce que, par exemple, le domaine de la santé avait toujours été épargné ?
03:51Est-ce que c'est...
03:52Vous savez, cette question de la dette, elle est cruciale pour François Bayrou.
03:56C'était le premier, en 2007, qui en avait fait un axe majeur de sa campagne pour la présidentielle.
04:04Et en 2012, il avait remis ça en avançant un plan d'économie de 50 milliards d'euros.
04:11Donc, oui, la question de la dette, elle est vraiment essentielle pour François Bayrou.
04:16Et aujourd'hui, eh bien, en tant que Premier ministre, en tant que chef du gouvernement,
04:20il a la possibilité de mettre en application ce qu'il pense depuis des années maintenant.
04:25Et de toute façon, il a, je dirais, le courage d'affronter cette difficulté à laquelle on est confronté.
04:33Et ce qui est important aussi de dire, c'est que le discours qu'a prononcé le Premier ministre hier,
04:39il était en direction des Français pour, effectivement, leur demander un effort.
04:42Mais il était aussi en direction des marchés financiers.
04:45Et ça, c'est très important.
04:47Pourquoi ? Parce que la France, aujourd'hui, eh bien, est le plus mauvais élève de la zone euro.
04:53Ça, c'est très important.
04:54Il y a encore quelques jours, la France empruntait un taux à 10 ans supérieur à celui de l'Espagne, du Portugal et de la Grèce.
05:03La Grèce, le Premier ministre en a parlé hier.
05:06Il ne veut pas que la France devienne, justement, la Grèce.
05:10Jean-Rançois Thébaud, on va revenir sur la santé.
05:11Vous avez fait allusion le doublement du plafond de la franchise.
05:15C'est-à-dire, quand on achète des médicaments chaque année, jusqu'ici, on pouvait maximum payer 50 euros de franchise.
05:21Dans le projet du Premier ministre, ce sera 100 euros.
05:23Vous aviez l'air de penser beaucoup de mal de cette mesure.
05:26Oui, il faut se rendre compte de ce que ça représente pour les plus fragiles, les plus démunis.
05:3350 euros, croyant que pour le diabète, ça représente, comme on est plus de 4 millions de diabétiques,
05:37ça représente 200 millions de restes à charge supplémentaires sur les épaules des Français.
05:41Alors, bien sûr, il y en a qui peuvent payer.
05:43Moi, je peux payer 50 euros de plus.
05:46Et je serais ravi de contribuer à l'effort national.
05:48Mais ce n'est pas le cas de tout le monde.
05:51Il faut savoir que les patients en ALD sont des patients qui ont déjà le plus de restes à charge,
05:58indépendamment de la mutuelle.
05:59C'est 800 euros en moyenne de restes à charge, sans la complémentaire.
06:06Vous voyez, on n'est pas le plus loin de 2 000 euros.
06:09Or, si, d'abord, les médicaments, c'est prescrit.
06:12Personne ne prend des médicaments par plaisir.
06:16C'est les médecins qui les prescrivent.
06:18Donc, s'il y a une liste de médicaments prescrits, trop importante,
06:21c'est un peu de la faute du prescripteur et pas du patient.
06:24Donc, c'est faire porter...
06:25Alors, on dit que c'est pour responsabiliser les patients pour qu'ils se rendent compte de ce que ça coûte.
06:30C'est très bien, mais il vaudrait mieux donner la note, à ce moment-là,
06:32pharmaciens qui montrent combien ça a coûté.
06:35Parce que c'est effectivement très cher.
06:37Mais ça peut avoir des effets pervers extrêmement importants.
06:41C'est-à-dire que les patients, d'une part, ça va réduire leur pouvoir d'achat.
06:45Parce que 200 millions de mois pour les retraités,
06:47parce que les diabétiques de type 2, si je reprends cet exemple,
06:50la moyenne d'âge, c'est 67 ans.
06:51Donc, beaucoup de retraités vont avoir déjà leur pouvoir d'achat amputé par les mesures fiscales.
06:57Si on rajoute une couche en plus, ça va alors que la croissance est en berne.
07:01Mais ça a des effets secondaires pervers.
07:04C'est-à-dire que les patients vont peut-être rechigner à prendre le médicament à la pharmacie.
07:12Et donc, ça risque d'entraîner au contraire des pertes de chance,
07:15moins de soins, plus de complications, plus de récidives,
07:19et par conséquent, plus de frais pour l'assurance maladie.
07:22Donc ça, c'est vraiment pas...
07:25C'est une mesure immédiate parce que c'est facile.
07:28Mais à court terme et intellectuellement, c'est pas une mesure...
07:31Ça pose plus de problèmes.
07:32Merci beaucoup Jean-François Thébault d'avoir été avec nous ce matin.
07:34Merci.
07:35Merci.
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