00:00Générique
00:06Le zoom de ce Smart Impact consacré à l'agriculture biologique, on est en duplex avec Philippe Camburet,
00:12bonjour, le président de la Fédération Nationale de l'Agriculture Biologique,
00:17vous êtes céréalier dans Lyon, des céréales bio évidemment.
00:22Évidemment et pas que, avec des protéines gineuses, des légumes secs aussi évidemment.
00:27D'abord une question qui vous concerne, qui concerne le céréalier que vous êtes,
00:32c'est quelle contrainte et peut-être aussi avantage, parce qu'on parle souvent des contraintes, pour être au bio ?
00:38Être en bio c'est réfléchir son métier d'une manière différente, c'est oublier des réflexes de recours à des artifices,
00:48à des béquilles chimiques pour résoudre tous les problèmes, c'est une autre approche des différents problèmes
00:54et surtout pour nous c'est un confort de travail parce qu'on n'a pas l'esprit occupé par tout un tas de précautions à prendre
01:00avec des produits problématiques, là on travaille avec la nature, on travaille pour la nature
01:04et c'est une vision bien plus satisfaisante pour le métier.
01:09Ce chiffre 10,4% c'est la part des surfaces bio dans l'agriculture française,
01:16je lisais à une petite baisse 1,3 point de moins en un an, ça veut dire quoi ?
01:22C'est-à-dire que le bio continue de souffrir, qu'il y a toujours plus d'agriculteurs qui font marche arrière que d'agriculteurs qui s'installent,
01:30comment vous analysez ces chiffres ?
01:32Oui, clairement le développement de l'agriculture biologique marque le pas pour la deuxième année consécutive,
01:39il y a très longtemps que ça n'était pas arrivé, on s'éloigne des objectifs que le gouvernement s'était fixé,
01:45à savoir de doubler les surfaces d'ici 2030, on n'y sera pas évidemment parce que le marché n'est pas reparti,
01:53il était tombé très rapidement après le confinement et la crise en Ukraine,
02:00il n'est pas reparti évidemment au niveau qu'on avait atteint jusqu'en 2019,
02:06donc beaucoup de surfaces en moins et puis des agricultrices, des agriculteurs qui ne sont pas tentés aujourd'hui de passer en bio,
02:13c'est pour ça qu'on demande aujourd'hui au gouvernement deux choses, principalement de relancer la demande,
02:19il faut absolument qu'on arrive à faire bien comprendre ce que c'est qu'un produit bio par rapport à d'autres produits,
02:24et puis aussi aider les agriculteurs sur leur ferme avec les aides de la politique agricole commune qui sont là pour ça normalement,
02:32pour encourager le changement de pratique, pour encourager une agriculture qui protège l'eau, la biodiversité, la santé, etc.
02:38Donc voilà deux axes dans notre demande aujourd'hui pour juguler cet arrêt des conversions.
02:43– Je voudrais qu'on commence par les consommateurs, comment les convaincre de revenir un peu plus massivement au bio ?
02:50– Je crois que c'est vraiment un débat de fond, notre rapport à l'alimentation aujourd'hui,
02:57qu'est-ce qu'on met dans notre assiette, d'où ça vient, comment c'est fait,
03:00qu'est-ce que ça va nous faire pour notre santé, qu'est-ce qu'on risque potentiellement avec certains aliments,
03:06c'est ces questions-là qu'il faut absolument se poser toujours plus,
03:10or on est dans une démarche finalement de consommation très rapide avec de moins en moins de stocks à la maison,
03:17toujours plus de recours à l'achat d'impulsion et l'achat de dépannage,
03:23on n'a pas vraiment de réflexion sur la façon de préparer nos repas,
03:26on est souvent avec une envie de privilégier d'autres dépenses dans le budget des familles,
03:36on sait très bien que le budget consacré à l'alimentation, il est sans cesse en baisse,
03:40donc c'est vraiment une réflexion de fond qu'on doit avoir pour savoir ce qu'on mange, à quoi ça sert,
03:45et puis quelles conséquences ça a sur l'ensemble de la planète évidemment,
03:49mais tout près de chez nous aussi, quand on consomme un produit alimentaire,
03:53ça peut avoir aussi bien des conséquences à côté de chez nous, sur l'emploi,
03:58sur les agricultrices et les agriculteurs qui veulent s'installer aujourd'hui,
04:02qui veulent faire ce métier-là, est-ce qu'on les encourage ou est-ce qu'au contraire,
04:06on encourage une agriculture qui ne vise qu'à être sur le marché international,
04:10pour être en concurrence avec les plus grands pays producteurs,
04:13et c'est bien ça qu'il faut se poser comme question,
04:16et finalement quand on y regarde bien, il n'y a pas vraiment d'ambiguïté,
04:22c'est consommer des produits bio locaux qui répond vraiment à tous ces attentats.
04:27– Et alors si on regarde la loi d'orientation agricole qui a été votée juste avant le début
04:32du salon international de l'agriculture, on a plutôt le sentiment que le gouvernement,
04:37c'est une loi qui engage sur plusieurs années,
04:41a choisi un recul des ambitions gouvernementales,
04:44des ambitions environnementales, je ne sais pas trop quoi dire d'autre que ça, et vous ?
04:50– C'est vraiment une occasion manquée effectivement,
04:53de donner une impulsion pour les années à venir,
04:56c'est une loi programmatique sur laquelle vont reposer d'autres lois qui vont arriver par la suite,
05:01donc c'est une occasion manquée de vraiment faire un pas de côté
05:05par rapport à cette fuite en avant, cette course à la productivité,
05:09où on laisse croire aux agricultrices et aux agriculteurs que finalement notre petit pays,
05:15la France c'est quand même un tout petit pays à l'échelle mondiale,
05:18que notre tout petit pays pourrait rivaliser avec les plus grands,
05:21et sans prendre en compte tous les impacts qu'il peut y avoir sur notre quotidien,
05:27donc ça c'est une erreur, c'est une tromperie,
05:30et la loi d'orientation agricole malheureusement n'a pas apporté les bonnes réponses.
05:35Bon, moi je relève quand même qu'on a réussi au « rattrapage » du travail législatif,
05:41à garder un objectif ambitieux de conversion à l'agriculture biologique de nos terres,
05:46même si on n'est pas sûr d'y arriver tout de suite,
05:48on a gardé quelques éléments qui montrent que l'agriculture biologique existe encore,
05:52donc on aurait pu être encore pire dans ce débat de loi d'orientation agricole,
05:56mais clairement c'est vraiment une occasion manquée,
05:58c'est dommage qu'on ait eu tout ce temps de travail,
06:00tout ce débat sur le sujet qui finalement aboutisse de pas grand chose,
06:05et l'enjeu c'est qui produira notre alimentation demain,
06:08et dans quelles conditions, je crois qu'aujourd'hui la loi d'orientation agricole n'y répond pas,
06:13on vient de voir que le conseil constitutionnel a émis bien des doutes sur pas mal d'articles d'ailleurs.
06:18Oui, effectivement, vous disiez que ça aurait pu être pire,
06:21effectivement il y a l'agence bio qui a failli être supprimée,
06:25mais finalement elle a été, on va dire, sauvée, il a fallu batailler,
06:29vous pouvez nous rappeler son rôle, pourquoi c'est important qu'elle existe encore ?
06:33Alors l'agence bio c'est l'agence française de promotion et de développement de l'agriculture biologique,
06:38elle a évidemment toute sa place, elle a plus de 20 ans aujourd'hui,
06:42c'est grâce à elle qu'on a trois types d'actions sur le terrain,
06:46premièrement le travail de remonter des données statistiques sur la production,
06:50sur l'alimentation, sur la consommation, tout ça c'est le travail de l'agence bio
06:54qui consiste à abreuver les pouvoirs publics,
06:57mais comme tous les acteurs de la filière, de chiffres, de données, pour pouvoir se projeter.
07:01Elle a un deuxième rôle très important, c'est le rôle de faciliter les investissements
07:08dans des outils de stockage, de transformation,
07:10donc elle gère un fonds public qu'on appelle le fonds avenir bio,
07:16qui est là et qui nous a aidé jusqu'à présent à répondre à la demande,
07:20parce que la demande était bien présente et on nous reprochait de ne pas être au rendez-vous,
07:25et bien on est au rendez-vous grâce à des investissements qui ont été faits.
07:28Et puis troisième rôle très important pour l'agence bio,
07:30c'est justement ce rôle de communication vis-à-vis du grand public.
07:35Aujourd'hui on sait très bien que les consommateurs sont un petit peu perdus
07:38entre des produits toujours plus verts, toujours plus vertueux sur le plan environnemental,
07:44mais finalement derrière tout ça il y a beaucoup d'allégations qui ne sont pas vérifiées.
07:48L'agence bio est là pour communiquer sur ce que c'est qu'un produit bio,
07:51un produit contrôlé dans toutes les fermes à chaque étape, en permanence,
07:55un cahier des charges au niveau européen qui met la bio partout au même niveau, au niveau européen.
08:01C'est redire ce que c'est qu'un produit bio,
08:05et d'ailleurs ça va se concrétiser dans quelques semaines à l'occasion du printemps bio
08:09par une campagne de communication qui va aller vers le grand public
08:12pour redire que manger bio ce n'est pas seulement simplement manger des choses
08:18qui n'ont pas trop de goût et puis finalement qui ne sont pas très appétissantes,
08:22au contraire on va voir que manger bio c'est aussi la France.
08:27Tout en annonçant le maintien de l'agence bio,
08:31la ministre Annie Gennevard a pointé la multiplication des organismes qui s'occupent du bio en France.
08:37Est-ce qu'il y a des doublons ?
08:39Alors je ne crois pas qu'il y ait particulièrement de doublons,
08:42évidemment sur ce sujet-là, je ne vais pas vous dire le contraire, vous vous en doutez.
08:45Je crois que si on...
08:48Ça doit être plus efficace, s'il y a trois administrations qui font la même chose,
08:51autant qu'il y en ait une seule avec plus de moyens.
08:53Oui, mais justement ce n'est pas le cas.
08:56Aujourd'hui on a comme objectif de doubler les surfaces,
08:59on a comme objectif d'aller dans la restauration collective et de passer au moins à 20%,
09:04alors qu'aujourd'hui on n'a même pas 10% de produits bio dans l'assiette de nos cantines et de nos hôpitaux.
09:09Donc il y a franchement besoin de moyens et l'agence bio,
09:13elle était là évidemment pour ça dès le départ, elle est encore là aujourd'hui.
09:17Et si ça coûte 3 millions de budget, 3 petits millions,
09:21ce n'est vraiment pas grand-chose pour un centre comme ça,
09:24à l'agence bio, ça coûtera évidemment le même prix dans une autre administration.
09:29Donc le sujet, il n'est pas là.
09:30Le sujet, il est d'installer dans la tête des gens une petite musique
09:34qui vise à tirer à boulet rouge sur des administrations
09:41dans lesquelles on ne comprend pas trop comment ça marche,
09:45on n'y va pas et ce serait le bon signe pour les condamner à mort.
09:50Je crois que cette petite musique-là, elle s'installe dans beaucoup d'organismes.
09:53Il y a une espèce de chasse aux économies qui est pour moi un peu facile à faire
09:59et au lieu d'aller chercher des économies,
10:01je pense qu'on pourrait s'intéresser à des moyens d'équilibrer le budget
10:05par justement la vente et l'usage de produits qui nous empoisonnent au quotidien.
10:10Peut-être qu'on pourrait aller chercher par des moyens fiscaux,
10:13justement des taxes sur les ventes des produits,
10:17par exemple qui contaminent les produits bio.
10:20Moi, je suis obligé de mettre de côté et de détruire des produits bio
10:26qui ont été contaminés par des pesticides sur mon terrain.
10:30Donc voilà, il y a des équilibres budgétaires à faire.
10:33Choisissons les bons outils au lieu de tirer à boulet rouge
10:36sur des agences dont la pertinence ne fait aucun doute.
10:40Aujourd'hui, le ministère l'a redit très récemment,
10:43alors le ministère du gouvernement précédent,
10:45mais il l'avait dit très clairement, l'agence a toute sa place dans le paysage.
10:49Merci beaucoup Philippe Comburet et à bientôt sur BeSmart for Change.
10:53On passe tout de suite à notre rubrique Startup.
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