00:00De voir des voisins agriculteurs qui n'avaient pas l'âge de développer des leucémies et
00:07de voir des gens partir de cancers de la prostate, je trouve que c'est aberrant, anormal et
00:12qu'il faut les dénoncer ces pratiques.
00:14On a au tout début une cliente qui est arrivée et qui achète mes légumes qui m'a dit « Thierry,
00:23c'est bien ton bio mais regarde ». Et là je voyais une photo d'un agriculteur du
00:29coin qui est en train de balancer du glyphosate au bord d'un ruisseau.
00:34J'ai dit « C'est où ? » Elle m'a dit « C'est au fond de ton chemin ». Et elle
00:38m'a dit « Et ton bio ? ». Je n'ai pas su quoi lui répondre, mon bio.
00:43Le désarbon que je pointe du doigt, c'est clairement le glyphosate et c'est totalement
00:48interdit, il y a une réglementation, on n'a pas le droit de se rapprocher d'un point
00:53d'eau.
00:54Les métabolites du glyphosate, les AMPA, sont hyper délétères pour la santé humaine
01:00parce que les métabolites descendent dans l'eau, qu'en dessous il y a une nappe
01:03phréatique et cette nappe phréatique alimente des dizaines et des centaines de milliers
01:07de personnes.
01:08Tu comprends pourquoi ils le font ?
01:10Parce que c'est un gain de temps.
01:11Le fait de dépendre, de nettoyer, parce qu'il faut donner la définition de ce truc-là,
01:18de nettoyer les canaux avec ce produit-là, c'est très efficace.
01:21Il ne faut pas des grosses quantités, mais des quantités suffisantes pour rendre ma
01:26certification d'agriculture menacée.
01:29C'est ce qui m'est arrivé, j'ai eu un écart qui a été relevé par ma contrôleuse
01:33en 2024, cette année.
01:40Je trouve que c'est aberrant, anormal et qu'il faut les dénoncer ces pratiques.
01:45Depuis les premières manifestations agricoles, l'angle de certains syndicats a été de
01:49dire clairement que les normes environnementales étaient problématiques.
01:52Mon angle, c'est clairement d'avoir constaté que plein d'agriculteurs tombaient malades.
01:57C'est de voir mon père mourir d'un lymphome, il est agriculteur.
02:00C'est de voir des voisins agriculteurs qui n'avaient pas l'âge de développer des
02:05leucémies et de voir des gens partir de cancers de la prostate.
02:10Ces trois maladies que je viens de citer, en plus de la maladie de Parkinson, sont reconnues
02:15par le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides.
02:19Précisément.
02:20Et je les vois à l'échelle locale.
02:21Et puis j'ai entendu qu'il y avait l'Office français pour la biodiversité dont c'était
02:26le boulot, donc je les ai contactés.
02:27Ce que je sais, c'est qu'il y a eu une dizaine d'agriculteurs qui ont été entendus.
02:32Cette enquête est en cours et que pour l'instant, il y a juste un rapport de force qui s'établit
02:39entre la réglementation et le terrain.
02:45Les menaces, oui.
02:46On va s'occuper de toi, tu vas avoir des gros problèmes, les insultes, mais ça fait
02:53partie du jeu.
02:54C'est le folklore, ça, les menaces.
02:55Ce qui me fait peur, c'est de boire de l'eau contaminée.
02:57Des gens qui disent qu'ils vont me casser la gueule ou qu'ils m'insultent, ça ne m'impressionne pas.
03:06C'est parti.
03:08Là, on va tracer des lignes.
03:10On va tracer des lignes pour faire un semi.
03:13Semi direct de Feb.
03:16C'est combien d'heures pour une semaine ?
03:18Au maximum, tu dois frôler les 90 heures.
03:23Et minimum, une semaine moyenne, c'est plus de 50 heures en tout cas.
03:28En net, je me dégage 19 000 euros par an.
03:31C'est un petit smic, mais tout petit.
03:34C'est un défi.
03:36Je pourrais gagner plus, mais faire autre chose.
03:39Ça dépend où tu mets la valeur-valeur.
03:50J'ai commencé l'agriculture très tôt.
03:53Officiellement, être familial à 16 ans.
03:55Quand t'es fils d'agriculteur, quand t'as 7 ans, tu poses le cul sur un tracteur,
04:00tu suis ton père de partout, tu prends ton pied.
04:02La vie de Tom Sawyer, c'est juste extraordinaire.
04:05C'était clairement un mode d'agriculture chimique.
04:08J'ai baigné dans la chimie.
04:10J'étais un très bon chimiste jusqu'à mes 30 ans.
04:16L'important, c'est d'avoir des pensées positives quand tu sèmes.
04:19On croit que c'est technique, mais tout est dans la pensée positive.
04:23Si tu sèmes une graine et que tu crois que ça ne va pas pousser, ça ne poussera pas.
04:26Quand j'étais en agriculture chimique, c'était quasiment de la monoculture.
04:31On a changé parce qu'économiquement, ça ne tenait plus.
04:35On avait un prix qui était indexé sur l'offre et la demande.
04:39Au fil des temps, tu finis par creuser un déficit et tu prends un risque qui est juste énorme.
04:45Après, tu découvres un autre système de panier.
04:48Les AMAP, Association pour le maintien d'une agriculture paysanne,
04:51c'est le modèle qu'on a choisi.
04:53Mon chiffre d'affaires dépend à 95 % de ce modèle-là.
04:56C'est un rendez-vous hebdomadaire pour un adhérent.
04:59Il vient récupérer son panier dans un lieu bien précis, à une horaire bien précise.
05:04Il achète la production.
05:05Je me suis dit qu'ils nous respectent, qu'ils ne nous connaissent pas.
05:09Les gens payent, ils ne négocient pas les prix.
05:12Ils veulent bien manger.
05:13Allez, on y va.
05:14Du jour au lendemain, j'ai quasiment changé de modèle commercial, économique, technique.
05:21C'est nos adhérents et nos AMAP qui nous ont sauvés à 200 %.
05:28On passe d'une agriculture où on raisonne en termes de jeu maîtrise par des molécules chimiques
05:34à « j'ouvre le spectre de connaissances maximum sur mon sol »
05:39et on accepte les enherbements.
05:41On accepte d'être envahis par certains insectes.
05:43On accepte de perdre une partie de notre production là-dessus.
05:46Mais par contre, on vous enlève tous les produits chimiques
05:48et là-dessus, vous êtes plutôt gagnant.
05:51On a respecté notre sol.
05:53Tu as senti un mulot, Talia ?
05:56Qu'est-ce que tu as senti ?
05:57Tu te fais des films.
05:59Là, tu te fais des films.
06:07On estime à 30 % supplémentaire le coût de production pour de l'agriculture diversifiée.
06:14Parce que forcément, on a beaucoup plus de main-d'œuvre,
06:16on a moins de machines mais plus de gens.
06:18C'est de l'investissement.
06:19On crée de l'investissement.
06:21On crée des emplois, on relocalise une économie
06:24et on arrive à faire une agriculture saine.
06:26L'État va vers l'idée que le bio doit aller à une certaine élite.
06:32Et il y a clairement une malbouffe qui va vers les pauvres
06:35et des riches qui peuvent manger bio.
06:38Si on veut faire une agriculture de grande qualité,
06:41il faut donner les moyens aux agriculteurs de le faire.
06:44Ce n'est pas juste un acte de consommation
06:46mais c'est pour nos adhérents un acte militaire.
06:48Ils partent du principe où à chaque fois qu'ils achètent, ils votent
06:51pour mettre de l'argent chez un agriculteur
06:54dont ils pensent que les valeurs sont louables.
06:56Souvent, ce qu'ils nous disent, c'est qu'on a un producteur de famille
06:59comme on a un médecin de famille.
07:01Et ça, cette proximité-là, eux la défendent.
07:04C'est notre producteur.
07:08On a des personnes qui sont venues nous voir
07:10parce qu'ils ont appris qu'il y avait un diagnostic
07:12qui avait été posé sur la maladie de leurs enfants
07:14et que le médecin de famille n'avait pas le droit
07:17et que le médecin leur a dit
07:19il y a les médicaments, on va tout faire pour.
07:22Mais vous allez aussi avoir une prise en charge
07:24psychologique et alimentaire.
07:26Quand on a des gens qui viennent nous voir
07:28en nous disant clairement qu'ils espèrent
07:30que ça va sauver leur enfant,
07:32si ça ne nous pique pas, c'est qu'on n'a pas de cœur.
07:34Ça, on le défend.
07:35C'est hypocrate que ta nourriture soit ton premier médicament.
Commentaires