00:00Monsieur, nos services de contrôle ont enregistré une absence justifiée de votre part sur le
00:12lieu de votre mission. De nombreux témoignages laissent à penser que vous étiez aux heures
00:17légales de travail en train d'arranguer les foules afin de promouvoir un mouvement social.
00:24L'avancement…
00:25Ah Gilbert.
00:26Quoi ?
00:27Tu tombes bien Gilbert.
00:28Qu'est-ce qu'il y a ?
00:30Une mauvaise nouvelle.
00:31Ah bon ?
00:32Ils sont en train de nous virer.
00:33Et j'ai pas commencé de travailler moi.
00:35Tu pourras dire que t'as une carrière fulgurante.
00:39Qu'est-ce qui s'est passé ?
00:41Il se passe que comme on a fait un mouvement social, et ben ils nous virent.
00:45C'est comme ça que ça marche aujourd'hui.
00:47Voilà l'an 2009, voilà le progrès.
00:49Mais le maire a dit qu'il n'y aurait pas de sanctions.
00:51Le maire, le maire, le maire, il le dit, mais tu sais, les promesses n'engagent que
00:55ceux qui les croient.
00:57Il est pas bête le maire.
00:58C'est pas lui qui l'a signé la lettre.
00:59C'est le directeur des ressources humaines, monsieur Krasik.
01:03Directeur des ressources humaines, c'est comme ça qu'on les appelle les enculés
01:07maintenant.
01:08Krasik, un polonais en plus.
01:13Hier, 50 ans, ils sont arrivés, ils étaient en shorts, ils étaient pieds nus, on leur
01:17a donné du boulot, et maintenant ils nous virent.
01:20Les polonais virent les français, Krasik vire sa chaise.
01:27Ouais, enfin, sa chaise, quand même.
01:30Quoi, sa chaise, quand même ?
01:32Ça sonne espagnol, quand même, sa chaise.
01:35Enfin, de consonance, de résonance.
01:37Sa chaise.
01:38Zzzz.
01:39Zzzz.
01:40Sa chaise.
01:41Zzzz.
01:42Non, monsieur, sa chaise, c'est pas espagnol.
01:44C'est pas espagnol, sa chaise ?
01:45Non, sa chaise, c'est du Pertus.
01:47Et au Pertus, il y a un côté espagnol et un côté français.
01:50Moi, je suis du côté français.
01:51Je suis beaucoup plus sain que chaise.
01:54Toi, t'es du Pertus ?
01:56Oui, je suis du Pertus.
01:57Tu ne me crois pas que je suis du Pertus ?
01:59Demande-moi un prix.
02:02Bouteille de Ricard ?
02:03Bouteille de Ricard, 6 euros, caractère.
02:05Camel filtre, cartouche de vin ?
02:0719 euros, vin.
02:08T'es, demande-moi un prix difficile.
02:10Demande-moi, plaquette de beurre, demi-sel, président, cartouche au voyage.
02:15Plaquette de beurre, demi-sel, président, cartouche au voyage.
02:193 euros, vin.
02:22Ouais, j'ai même eu le salaire.
02:25Alors, je suis du Pertus ou je ne suis pas du Pertus ?
02:27Non, non, respectez du Pertus.
02:28Eh ben, voilà.
02:31On est viré, Gilbert.
02:32Quand on est grand dans la lutte, on est grand dans la défaite, on s'en fout.
02:35Le tout, c'est d'être grand.
02:36Enfin, on est viré, Christian.
02:38Si votre travail n'a pas été effectué dans la semaine, vous serez définitivement exclu.
02:42Attends, pour rotofiler 6 sapinettes d'ici vendredi, c'est jouable.
02:47Gilbert, vendredi, on ne peut pas travailler, c'est retêté, c'est sacré.
02:51Jeudi, moi, je ne travaille pas parce que je récupère de samedi,
02:54où je surveillais le fleuve, l'eau est montée, il y a eu un orage, alors je récupère.
02:58Il ne nous reste que 10 minutes.
02:59Ils le savent que c'est inhumain.
03:03On est viré, on est viré, Gilbert, et puis c'est tout.
03:07On est viré, il n'y a que ton nom sur la lettre.
03:10C'est un train.
03:14Il était adressé, Christian Sanchez, c'est pas...
03:17Gilbert, la solidarité syndicale n'est pas un bémol.
03:21Attends, Christian, il faut me comprendre.
03:23Moi, je suis jeune, je démarre dans la vie.
03:25J'ai une fiancée, j'ai fait des promesses, je dois être à la hauteur, moi.
03:29Comprends-moi, Christian, quand même.
03:31Le Crédit Agricole m'a fait un prêt sur 88 ans pour mon pavillon.
03:34Je veux dire, si je rate les premières échéances, après, tu sais, ça s'entasse, c'est pas bon.
03:39Ok, Gilbert, allez, casse-toi, je m'en fous, je crèverai tout seul.
03:42On est tout seul dans la douleur.
03:44Je m'en fous, je me mettrai à genoux, là, sur le parking,
03:46comme un vieux cerf encerclé par les impérialistes.
03:48Je me laisserai mourir, je deviendrai un héros, un mythe.
03:52Je serai le Che Guevara des employés municipaux.
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