00:00 La petite ville de Chicopee, dans le Massachusetts, est à l'avant-garde de ce bouleversement technologique.
00:07 Un passé industriel, mais le futur est déjà là, niché dans les caméras de vidéosurveillance.
00:13 - On a ici une caméra multicapteur, une caméra 360 et trois caméras lecture de plaque.
00:21 Eric Watson est le numéro 2 de la police, chargé de la recherche et du développement.
00:28 Il vient de s'équiper du logiciel dont il rêvait depuis des mois.
00:32 Avec son téléphone portable, il a accès à toutes les caméras de la ville en temps réel.
00:38 - Regardez, c'est cette voiture-là. On va la voir passer sur mon écran.
00:43 - On peut même envoyer un drone en l'air, envoyer la vidéo dans Fusus et chaque officier y a accès directement, depuis son ordinateur ou son téléphone.
00:57 Fusus, c'est le nom de ce logiciel qui fait fureur chez les policiers américains.
01:03 La solution de vidéosurveillance ultime, accessible de partout, presque sans limite.
01:09 - C'est une application à base de cartes qui s'appuie sur toutes les caméras disponibles.
01:21 Ici, pas de mur d'écran surdimensionné, mais un seul moniteur.
01:26 Et surtout pas besoin de policier pour le scruter.
01:29 C'est une intelligence artificielle qui se charge d'analyser toutes les images de la ville.
01:34 - Je vais vous donner un exemple de l'efficacité.
01:38 Si je tape le numéro de la plaque d'immatriculation de ma voiture, regardez cette image.
01:43 C'est ce matin, 7h30. J'arrivais du boulot.
01:46 - Est-ce qu'on peut essayer avec notre voiture ? Vous nous avez vu arriver ?
01:50 - Votre plaque d'immatriculation ?
01:52 - 36B-IZ2.
01:55 En quelques secondes, l'intelligence artificielle retrouve les images de notre voiture sillonnante chicopie le jour même.
02:03 Le policier peut bien sûr être alerté quand un véhicule recherché entre dans la ville.
02:16 L'IA nous a aussi identifié en train de filmer les caméras de vidéosurveillance, dont la qualité est par ailleurs bluffante.
02:24 - Vous pouvez chercher une voiture ou un camion, mais ça va encore plus loin.
02:30 Au besoin, si vous savez qu'un suspect était dans une zone avec un pull rouge ou une veste rouge,
02:34 il vous trouve toutes les personnes qui sont passées avec un vêtement rouge.
02:41 L'officier de police commence seulement à découvrir le potentiel du logiciel.
02:46 Les serveurs viennent d'être installés dans le sous-sol du commissariat.
02:50 Une dépense de 150 000 euros par an, l'équivalent des salaires de deux policiers.
02:56 - L'intelligence artificielle est installée dans ces serveurs et elle analyse des centaines de caméras en ce moment même.
03:07 Et elle nous les envoie sur le cloud, où on y a accès.
03:10 - Avoir des yeux sur des centaines de caméras, je n'ose même pas imaginer combien ça coûterait.
03:14 Analyser les images en temps réel, au moment où elles arrivent.
03:17 Et rien ne lui échappe.
03:19 Tout ça avec juste ces petits serveurs qui prennent peu de place.
03:22 Et vous n'avez pas à payer tous ces gens à être assis.
03:25 On est très excités.
03:28 Ça faisait des années qu'on voulait avoir un truc de ce genre.
03:31 Et enfin, c'est installé chez nous.
03:34 Le logiciel FUSUS repousse une autre limite.
03:38 En plus des caméras publiques de la ville, il peut aussi analyser les images des caméras privées installées par des entreprises ou des particuliers.
03:47 - Vous pouvez installer ça chez vous ou dans votre entreprise.
03:54 Et là, même topo, ça enregistre et on y a accès depuis le cloud si on en a besoin.
03:58 Dans son monde idéal, aucun espace public de la ville n'échappera plus aux caméras intelligentes.
04:06 Alors, Eric Watson et ses collègues sillonnent Chicopy pour convaincre des habitants de brancher leurs caméras à FUSUS.
04:14 - On est toujours en train de regarder où on peut mettre de nouvelles caméras, de chercher des commerces par exemple qui souhaitent coopérer.
04:21 Ici, par exemple, on est ravis que le commerçant est accepté parce qu'il est à proximité d'une école.
04:34 Jack tient une petite entreprise de menuiserie.
04:37 Il n'a pas hésité longtemps quand la police lui a proposé d'acquérir le boîtier, moyenne en 250 dollars.
04:46 - Il y a deux caméras ici et une autre dans l'angle qui filme cette zone.
04:53 Cette caméra permet de voir le parking et le carrefour.
04:56 Il y a deux autres caméras à l'avant du bâtiment qui filment dans cette direction et tout le long de la rue.
05:04 Dans quelques jours, ces six caméras seront connectées en direct avec le poste de police.
05:10 Et tous les mouvements captés passeront dans la moulinette de l'intelligence artificielle.
05:15 - Les policiers utilisent un réseau qui est déjà en place, dont ils n'ont pas besoin d'acheter des caméras et moi non plus.
05:26 C'est un gain de sécurité puisqu'ils peuvent observer tout ce qui se passe dans le quartier.
05:31 - Ce serait un long processus pour mettre de nouvelles caméras en place.
05:35 Entre le début du projet, l'achat puis l'installation du matériel, ça aurait pris des mois.
05:40 Alors qu'il nous a suffi de venir ici, de livrer notre boîtier.
05:43 Ça ne prend que quelques jours. On acceptera toutes les bonnes volontés.
05:47 - Vous en espérez combien ?
05:51 - C'est dur à dire. On a pris un premier abonnement pour traiter jusqu'à 1500 caméras, ce qui serait fantastique.
05:59 Je ne sais pas si c'est réaliste, mais on fait tout pour.
06:02 De l'autre côté de la rue, Tracy a elle aussi fait le choix de collaborer.
06:14 - 1, 2, 3... Nous avons 9 caméras extérieures.
06:26 Pourtant, à bien y réfléchir, elle admet que l'omniprésence des caméras
06:31 impacte déjà son comportement dans l'espace public.
06:34 - C'est comme ça, quand vous allez à l'épicerie, vous êtes filmé.
06:41 Vous allez au parc, jouer avec vos enfants, vous savez que vous allez être filmé.
06:48 Tout est sous surveillance. En tout cas, tout le monde est sous surveillance.
06:54 En tout cas, c'est ce que je pense.
06:56 Je prends ça en compte dans tout ce que je fais en public.
07:03 Si je veux faire n'importe quoi, c'est mon choix.
07:06 C'est le monde dans lequel nous vivons, malheureusement, parfois.
07:09 - À quel point notre vie privée est-elle menacée ?
07:13 - Je ne sais pas, c'est une question difficile.
07:20 - Je pense que nous sommes très respectueux de la vie privée des habitants.
07:24 Dire que nous perdons notre droit à la vie privée quand on est dans l'espace public...
07:28 Vous êtes dans l'espace public, donc tout le monde peut vous voir.
07:32 Et si vous avez des caméras, elles ne font que voir ce que d'autres auraient pu voir.
07:37 - Je pense que c'est une question de respect.
07:45 de toute perspective publique.
Commentaires