00:00 Par rapport au règlement de compte du milieu traditionnel, on est dans une stratégie d'intimidation et de terreur.
00:07 En réalité, c'est pour ça que le terme employé par Mme Laurence, précédente procureure de Marseille,
00:12 de ne plus parler de règlement de compte mais de narcomycide, ça me paraît particulièrement intéressant.
00:17 Et même si on veut aller plus loin, on peut parfois parler de narcoterrorisme,
00:21 puisqu'on a une dépersonnalisation des victimes qui sont ciblées, ce n'est plus les têtes de gondole.
00:28 On a quatre catégories de victimes dans ces guerres du narcotrafic.
00:33 Traditionnellement, on en a encore les personnes qui sont ancrées dans la criminalité,
00:38 mais ce n'est plus la majorité des victimes.
00:41 Nous avons surtout des petites mains du trafic, charbonneurs, ravitailleurs, chauffeurs, particulièrement jeunes,
00:49 et qui sont dans une logique de terreur quand on veut prendre en main un point de deal,
00:54 vont recevoir une rafale de kalachnikov.
00:57 Narcoterrorisme, troisième point, personne dans la cité qui, sans être directement dans le trafic,
01:03 y réside dans cette logique de terreur.
01:06 Et l'aspect peut-être le plus délétère, une multiplication de victimes collatérales,
01:12 de victimes qui n'ont absolument aucun lien au trafic.
01:16 Il y a deux affaires qui ont déféré la chronique, le jeune Fayet d'âge de 10 ans,
01:21 cet été anime que nous avons récupéré dans le cadre de la GIRS,
01:25 ou la jeune Sokaïna, la cité Sintis, dans les quartiers sud-est de Marseille.
01:31 Deuxième caractéristique, et ce qui inquiétait le président,
01:34 effectivement, par rapport au manque de maturité, au risque que peuvent courir les magistrats instructeurs,
01:40 c'est des auteurs et des victimes toujours plus jeunes.
01:43 Six mineurs ont été victimes, quatre mineurs sont mis en examen,
01:47 et la majorité des auteurs, plus de 50%, ont entre 16 et 21 ans.
01:53 On a également un phénomène très inquiétant qui démontre là aussi une dérive mafieuse,
01:59 une féminisation.
02:01 Jusqu'à présent, les femmes étaient, on va dire, cantonnées à des rôles de nourrices,
02:07 de drogue ou d'argent ou d'armes.
02:12 Désormais, on constate que, alors on n'a pas encore eu de femmes dont on a la preuve qu'elles sont montées directement,
02:19 mais qui ont commandité, qui ont recruté des équipes, qui ont donné le go.
02:24 Et là, ça me fait penser un petit peu à la dérive qu'avait connue la Camorra napolitaine dans les années 2005,
02:29 c'est-à-dire quand les hommes sont en prison, un certain nombre de femmes,
02:33 et elles sont parfois plus dures que les hommes.
02:36 Donc cette féminisation nous inquiète également.
02:39 Et enfin, le troisième point qui est le plus difficile pour porter des coups vraiment importants,
02:44 c'est des têtes de réseau qui gèrent leur trafic depuis l'étranger
02:50 ou derrière les murs de leur prison.
02:55 Ils désignent des cibles, ils organisent la logistique,
02:59 ils continuent à poursuivre ce trafic et l'incarcération ne remet pas en cause leur capacité opérationnelle.
03:05 [Musique]
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