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00:08 Pensons-nous l'économie ou la subissons-nous ?
00:11 Nous avons décidément le plus grand mal à nommer clairement et donc à comprendre
00:16 le système dans lequel nous évoluons.
00:18 Ce système prend la forme exclusive d'une contrainte exercée par les forces économiques
00:24 qui nous condamnent à l'impuissance.
00:27 L'une des croyances qui nous anime est que nous pensons vivre dans un monde libéral
00:32 alors que le capitalisme qui nous gouverne n'a en fait que peu à voir avec la théorie libérale originelle.
00:40 Telle est l'idée que défend Valéry Charolle dans son stimulant ouvrage
00:44 « Le libéralisme contre le capitalisme ».
00:48 Il s'agit de questionner un décalage entre des théories qui occupent le devant de la scène
00:53 autour de l'idée de liberté et des systèmes globaux de pensée qui remettent en cause
00:59 l'usage de la liberté en proposant un univers qui est fermé sur lui-même.
01:04 Puisant ses racines dans l'esprit des Lumières, le marché est conçu dans la pensée libérale
01:10 comme le pendant de la démocratie.
01:13 Il se fonde sur la reconnaissance de la liberté de chacun
01:16 et sa capacité sous-jacente à participer à la sphère économique,
01:21 d'où l'idée chère à Adam Smith que la richesse s'enracine dans le travail.
01:27 Pourtant, le travail n'est pas une valeur dans les comptes de l'entreprise
01:31 et de la même façon, le travail domestique n'est absolument pas reconnu.
01:36 Dans les règles comptables qui ont été dictées à la Renaissance,
01:39 le travail est systématiquement considéré comme une charge
01:42 et non pas comme une source de profit pour l'entreprise.
01:46 Cela veut concrètement dire que notre système économique ne reconnaît pas au travail
01:51 la capacité à créer de la valeur qui incombe au seul capital.
01:56 C'est en ce sens, nous rappelle Valéry Charolle,
01:59 que notre pratique de l'économie est capitaliste et nullement libérale.
02:04 Le libéralisme propose à son origine une idée révolutionnaire
02:09 qui est celle de marché, strict corollaire de l'idée de démocratie.
02:14 La démocratie est d'ailleurs le marché du politique,
02:17 car s'y joue la capacité de chacun à être partie prenante dans le processus économique,
02:23 c'est-à-dire être reconnu comme un acteur dont la présence est justifiée.
02:29 L'idée de marché fait donc fonctionner les trois fondements du pacte républicain.
02:34 La liberté au sens de l'autonomie du fonctionnement du marché
02:38 par rapport à des pouvoirs ancestraux ou imposés.
02:41 L'égalité avec le principe de concurrence qui assure une atomisation des acteurs.
02:47 Et enfin, la fraternité qui incombe naturellement à l'État libéral.
02:52 Dans un tel système, l'économie repose sur un processus de décision libre
02:57 entre individus autonomes que l'on appelle justement le marché.
03:01 On postule donc des individus capables de forger leur destin dans un univers réel.
03:08 Ce qui signifie que l'individu libéral est capable de définir et de choisir ce qu'il désire.
03:14 C'est-à-dire exactement l'opposé de ce qui se passe aujourd'hui,
03:18 dans la mesure où le libéralisme, pris à tort pour un économisme,
03:22 est aujourd'hui assimilé à la raison du plus fort et à la contrainte sur les individus.
03:28 C'est pourquoi il est nécessaire de revenir au libéralisme
03:31 qui fait reposer la société sur l'intérêt des hommes et l'enrichissement des populations.
03:37 Ce qui veut dire reconnaître à chacun une place dans la société,
03:42 place qui n'est nullement figée mais qui peut évoluer.
03:45 Ce qui est tout à fait envisageable si on se donne simplement la peine
03:49 de se rappeler que l'économie n'est après tout que la somme des comportements des acteurs économiques
03:55 et que si ces comportements venaient à changer la sphère économique, en seraient transformés.
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