00:00 Bonjour François Soudan. Bonjour Catherine.
00:02 A la Une de Jeune Afrique cette semaine, une question.
00:04 Comment la guerre d'anéantissement, d'éradication du Hamas que mène Israël à Gaza depuis maintenant presque deux mois,
00:11 comment cette guerre est-elle perçue en Afrique subsaharienne ?
00:14 Cette question c'est vous qui l'a posée dans votre éditorial.
00:18 Alors officiellement comment c'est perçu ? Officiellement je dirais avec une certaine indifférence,
00:22 une apparente neutralité un petit peu finalement comme sur le conflit ukrainien à cette différence près.
00:27 Il n'y a pas eu de vote à l'ONU sur cette question et donc aucune obligation pour les gouvernements africains
00:31 de se déterminer clairement, la plupart d'ailleurs, en particulier ceux qui ont des relations diplomatiques avec Israël,
00:36 ils sont quand même 46, préférant manifestement rester aux abris.
00:39 Il y a un seul pays d'Afrique subsaharienne où ce débat a été porté sur la place publique avec manifestation à la clé,
00:44 c'est l'Afrique du Sud où le parti au pouvoir, la NC, depuis les années 70, on le sait, un fervent défenseur de la cause palestinienne.
00:51 L'Afrique du Sud c'est aussi le pays qui compte la plus importante communauté juive d'Afrique,
00:55 mais cette communauté blanche en généralisée est elle-même divisée.
00:58 En dehors de cela, les prises d'opposition tranchées sont rares.
01:01 Il y a eu celle clairement pro-palestinienne des présidents de Djibouti et des Comores,
01:05 de présidents de la Commission de l'Union africaine, et celle pro-israélienne cette fois de Félici Cekedi,
01:09 de Paul Biad, de William Routo qui a d'ailleurs depuis un peu rétro-pédalé,
01:13 et deux ou trois manifestations pro-palestinienne à Dakar, à Dar es Salaam, rassemblant quelques centaines de personnes.
01:18 C'est tout et c'est peu, Catherine.
01:20 Voilà donc pour les positions officielles. En demi-teinte, pourrait-on dire,
01:24 est-ce qu'elles reflètent le sentiment de l'opinion africaine vis-à-vis de la guerre à Gaza ?
01:29 Pas tout à fait. L'opinion africaine au sens large du terme n'échappe pas au sentiment,
01:33 qui est un sentiment un peu d'indignation, qui est celui de l'ensemble du Sud global,
01:36 ce qu'on appelle le Sud global, depuis le siège de Gaza.
01:39 Ce n'est pas tant Israël en tant que tel qui est ici en cause,
01:41 même si la dissymétrie du nombre de victimes dans les deux camps, ça choque,
01:45 mais c'est l'attitude qui est jugée partisane de l'Occident,
01:48 dont Israël est aux yeux des Africains une sorte de poste avancé en terre colonisée.
01:52 Et l'on en revient une nouvelle fois, Catherine, à ce fameux procès en hypocrisie,
01:56 en deux poids deux mesures, qui ressurgit avec une vigueur jamais atteinte en Afrique
01:59 comme ailleurs dans tout le Sud global.
02:01 Ce que vous dites également, François Soudan, c'est que la guerre à Gaza
02:04 est un mauvais coup porté à ceux qui, en Afrique, défendent la démocratie,
02:08 la liberté d'expression. Que voulez-vous dire exactement ?
02:12 Vous savez, il faut bien se rendre compte que le mantra de l'Occident et de ses valeurs,
02:15 c'est l'universalisme. Donc le procès en double standard, en double langage,
02:19 qui lui est fait, c'est une arme de destruction massive.
02:22 Quand ce qu'on appelle l'Occident systémique, les Etats-Unis, mais aussi l'Europe, le Japon, etc.,
02:27 qui se veut la matrice de la défense des libertés, des droits de l'homme,
02:30 des institutions démocratiques, du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes,
02:33 se montre si sourcieux, donneur de leçons, quand il s'agit des pays africains,
02:37 mais ferme les yeux dès qu'Israël est en cause et semble pris de vertige
02:40 quand il s'agit de qualifier un bombardement indiscriminé de crime de guerre.
02:44 Quelle crédibilité, quelle légitimité ces mêmes pays occidentaux ont-ils réellement ?
02:49 Quand il s'agit de dénoncer des exactions commises par exemple par les mercenaires de Wagner au Sahel,
02:53 ou des régimes putschistes, ou un processus électoral biaisé des détentions arbitraires,
02:57 il est très facile pour les destinataires maintenant de vous renvoyer à la figure ce fameux "deux poids, deux mesures".
03:02 Et pour toutes celles, pour tous ceux qui en toute bonne foi prônent au quotidien sur le continent
03:05 le respect des droits de l'homme, la liberté d'expression, la bonne gouvernance,
03:09 c'est un piège, un piège terrible, et pour les régimes autoritaires qui la manipulent à leur profit,
03:13 c'est hélas du pain béni, Catherine.
03:15 [SILENCE]
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