00:00 Monsieur le Président, tout de suite une question très directe.
00:08 Soixante ans après la création de l'OIE, l'Afrique ne dispose toujours d'aucun siège
00:13 permanent au Conseil de sécurité de l'OIE.
00:16 Alors, est-ce que c'est une réforme que vous portez, que vous voudriez porter ? Est-ce
00:21 que vous vous dites, pendant mon mandat finalement, j'aimerais bien aboutir à cela enfin ?
00:25 Écoutez, l'Afrique, c'est cinquante-cinq États, dont cinquante-quatre sont membres
00:31 des Nations unies.
00:32 Il est tout à fait injuste, c'est le moins qu'on puisse dire, que ce continent ne puisse
00:40 pas être dans la gouvernance mondiale, et notamment aux Nations unies, au Conseil de
00:48 sécurité.
00:49 Depuis plus d'une décennie, l'Union africaine a adopté ce qu'on a appelé le consensus
00:59 des ULUNI pour revendiquer deux sièges permanents, donc avec droit de vote, au Conseil de sécurité
01:06 des Nations unies.
01:08 Malgré tout ce que nous avons fait complet de loyer, malheureusement jusqu'à là, ce
01:13 projet n'a pas pu aboutir.
01:15 C'est plus qu'injuste, d'autant plus que si l'on prend le cas du Conseil de sécurité
01:23 des Nations unies, 60 à 70% des dossiers qui y sont traités concernent le continent
01:29 afrique.
01:30 L'AZLECAF, président, grand projet, grand projet ambitieux, présenté comme une réussite
01:35 africaine, signature c'était il y a pratiquement cinq ans maintenant, toujours pas vraiment
01:42 entré en vigueur.
01:43 En février, vous avez vous-même évoqué, je cite, un manque de volonté politique dans
01:48 la mise en œuvre de ce projet.
01:50 Comment l'expliquer ?
01:51 Je crois que c'est l'un des projets emblématiques quand même qui a commencé à prendre forme.
01:56 Vous savez, ça a été la revendication des pères fondateurs déjà en 1963.
02:01 Tous les États, sauf l'Erythrée, l'ont signé.
02:07 46 ou 47 l'ont déjà ratifié.
02:09 Il commence à prendre forme, mais la condition sine qua non, c'est celle des infrastructures.
02:19 Il faut d'abord connecter physiquement le continent afrique.
02:23 Il manque de chemin de fer, il manque de routes, il manque de ports.
02:26 Et donc pour que le commerce puisse être effectif, franchir les frontières des États
02:33 ou des sous-régions, il faut nécessairement doter le continent d'infrastructures.
02:38 Ça, c'est le défi majeur.
02:40 Sur la RDC, qui est un des dossiers qui occupe beaucoup le continent en ce moment, pour la
02:45 deuxième fois au cours des six derniers mois, le groupe d'experts de l'ONU a formellement
02:50 épinglé le Rwanda pour son soutien actif au M23.
02:53 Plusieurs pays occidentaux, comme les États-Unis, se sont positionnés sur cette question.
02:57 Kinshasa dénonce ce soutien depuis plusieurs mois, mais aucun pays du continent et l'Union
03:02 africaine non plus ne s'est positionné clairement sur cette question du soutien de Kigali au
03:08 M23.
03:09 Comment est-ce que vous l'expliquez ?
03:10 L'Est de la RDC connaît des problèmes depuis plus de deux décennies.
03:13 Des problèmes complexes.
03:15 La présence d'une multitude de groupes armés, de forces négatives, de toutes sortes, dont
03:21 les ADF d'ailleurs qui viennent de commettre un massacre horrible en Ouganda, en tenant
03:27 une quarantaine d'élèves égorgés et brûlés vifs.
03:30 Et donc face à cette situation, le continent et l'Union africaine sont intervenus à
03:36 maintes reprises.
03:38 L'un des problèmes qui se pose est que le gouvernement de la RDC refuse de négocier
03:44 avec le M23.
03:45 Il le considère comme un mouvement terroriste.
03:47 Le Rwanda dit que les FDLR, donc les génocidaires ou ceux qui en restent, sont au Congo, que
03:55 certains seraient même intégrés dans les forces nationales.
03:58 Le Congo, de son côté, dit qu'il y a un appui direct du Rwanda au profit du M23.
04:07 C'est l'exemple type de ce qu'on appelle le proxy war, donc guerre par procuration.
04:12 Et je crois, pour nous à l'Union africaine, il faut tout faire pour que ce problème soit
04:18 résolu.
04:19 Président, il y a de plus en plus de rapports qui condamnent les pratiques du groupe Wagner
04:24 sur le continent, en Centrafrique, en Mali et ailleurs.
04:27 Comment est-ce que l'Union africaine se positionne par rapport à l'activité de ce type de
04:32 groupe ?
04:33 L'Union africaine est contre le mercenariat.
04:35 Il y a des décisions depuis l'OIA contre le mercenariat.
04:41 Mais également, les États sont libres de contracter avec des pays ou avec des organisations.
04:48 C'est ce qui se passe.
04:51 Donc la question est une question qui est gérée vraiment au niveau des États.
04:55 Et très souvent, les États africains sont extrêmement jaloux de leur souveraineté,
05:00 d'ailleurs ce qui par ailleurs nous pose un problème dans cette philosophie de la
05:07 souveraineté collective, de l'intégration.
05:09 Et ça, c'est un travail de longue haleine.
05:12 Monsieur le Président, l'Union africaine se voit régulièrement reprocher son impuissance
05:16 face aux changements constitutionnels.
05:18 Doit-elle changer d'approche ?
05:19 Les textes sont clairs.
05:20 Il y a une charte sur la démocratie, les élections et la gouvernance.
05:25 Les dispositions de l'acte constitutif et du protocole pour la création de conseils
05:32 de sécurité sont très claires.
05:34 La question c'est la mise en œuvre par les États membres.
05:37 Le tripotage des constitutions constitue un problème.
05:43 L'organisation des élections transparentes pose un problème.
05:49 L'exclusion pose un problème.
05:52 Les changements non constitutionnels du gouvernement posent un problème.
05:56 Quand ils adviennent, il est demandé à l'Union africaine, notamment à la Commission
06:03 de l'Union africaine, d'accompagner.
06:05 C'est ce que nous sommes en train de faire avec les pays en transition, le Mali, le Burkina
06:10 Faso, la Guinée, le Tchad, le Soudan, jusqu'à ce que les événements éclatent.
06:16 Mais il faut reconnaître que très souvent, les textes ne sont pas appliqués, ne sont
06:23 pas respectés.
06:24 Fin juin, les Maliens ont voté en faveur du changement de leur constitution.
06:28 Si le président Assimi Goïta venait à se présenter à la prochaine élection, de
06:32 quel levier disposerait l'Union africaine pour peser sur la situation ?
06:35 Nous, comme vous l'avez dit, nous soutenons la position de la CEDEAO.
06:39 Pour la CEDEAO, il n'est pas question que les militaires qui ont assuré la transition
06:44 puissent se présenter aux élections.
06:45 C'est le cas des trois pays, donc le Mali, le Burkina et la Guinée.
06:51 On est bien d'accord.
06:52 Alors, je vais vous parler de d'autres pays, président, tout de même, faire un peu de
06:58 chronologie.
06:59 Le 20 août dernier, Dialogue national, le Jamena, vous faites un discours, un discours
07:06 qui est très remarqué, qui est très commenté.
07:08 Certains le prennent comme une sorte d'offre de service au pays, voire d'une sorte de
07:15 pré-déclaration de candidature.
07:18 Alors, est-ce qu'on se trompe quand on évoque ces possibilités ?
07:21 Ou alors, comment faut-il interpréter ce discours que vous avez tenu ?
07:26 Écoutez, moi, je suis tchadien.
07:28 J'étais premier ministre du Tchad il y a 20 ans.
07:36 J'ai été ministre des Affaires étrangères du Tchad pendant près de neuf ans.
07:41 Et je suis à la Commission, j'ai couru à ma septième année comme président de la
07:44 Commission de l'Union africaine.
07:46 J'ai fait toute ma carrière politique administrative sous feu.
07:53 Et en tant que tel, il s'organise dans mon pays une conférence, après celle qui s'est
08:07 tenue quand j'étais nouvellement arrivé étudiant en 93.
08:10 Trente ans après, il se tient une conférence suite justement à la mort tragique du président
08:19 Idriss Déby.
08:20 D'ailleurs, l'une des recommandations du Conseil de la sécurité et de faire une enquête
08:27 pour faire la lumière sur la mort de ce grand chef d'État.
08:31 Je crois que mon discours a été interprété par les uns et les autres, ce qui est leur
08:35 droit.
08:36 Si je veux être candidat ou si je veux me positionner, je l'aurais dit clairement,
08:43 je pourrais le dire aujourd'hui ou demain.
08:45 Personne n'a le droit de m'empêcher de m'exprimer sur la situation de mon pays ou
08:51 de me positionner, d'offrir mes services pour reprendre vos termes.
08:55 Personne.
08:56 Mais j'ai eu à le répéter.
08:59 Je crois que je suis en charge aujourd'hui d'une organisation internationale.
09:04 J'ai été présenté par mon pays.
09:07 Les États africains m'ont fait confiance.
09:09 J'ai du travail que je suis en train de faire.
09:11 Donc, cet amalgame qui est créé par certains, il n'est pas nouveau.
09:16 Il y a vingt ans déjà, quand j'étais premier ministre, on me soupçonnait que j'étais
09:21 le dauphin du président Idriss Déby.
09:23 Alors, surviennent les événements tragiques d'octobre 2022.
09:27 Vous prenez position avec un narratif qui est très différent de celui du pouvoir.
09:33 Je suis le président de la commission de l'Union africaine.
09:37 L'Union africaine, à travers le Conseil des pays de sécurité, s'est rendue, ce qui
09:41 est rare, s'est rendue au Tchad.
09:43 Elle a écouté.
09:44 Elle n'a pas suspendu le Tchad, comme cela se faisait ailleurs, parce que la mort tragique
09:49 du président Déby, dans les circonstances, certains l'ont reproché.
09:53 Quelle est l'explication ?
09:54 Il faut leur poser la question.
09:56 Non, mais vous, vous avez une explication.
09:57 Pourquoi vous n'avez pas suspendu le Tchad ?
09:58 Au départ, je crois que les États africains, le rôle joué par le président Déby, vraiment
10:05 son leadership sur les questions africaines, ils étaient sincèrement touchés par ce qui
10:11 s'est passé.
10:12 Puisque cette agression est venue à franchir les frontières, et donc la question de la
10:17 stabilité du pays a été mise en jeu et la décision a été prise.
10:21 Mais elle était assortie quand même des conditions.
10:24 18 mois, les militaires ne doivent pas se présenter.
10:28 Ça, c'était des choses très claires.
10:30 Eux-mêmes, ils ont pris l'engagement.
10:31 Par la suite, les choses ont été faites autrement.
10:34 Vous êtes en fonction depuis un peu plus de six ans.
10:38 Oui.
10:39 Votre deuxième et dernier mandat, ça s'achève fin 2024, début 2025.
10:43 Tout à fait.
10:44 Et dernier mandat.
10:46 Vous pensez à l'après ?
10:47 Naturellement, je pense qu'après huit ans, j'aurai eu 65 ans.
10:54 C'est l'âge de la retraite.
10:56 Je vais d'abord me reposer et j'aviserai.
11:01 Dieu décidera ce que je dois faire par la suite.
11:05 Et dans l'hypothèse, rien ne vous en empêche, on l'a dit, où il y a des élections présidentielles
11:10 au Tchad qui se déroulent à peu près à la même époque, fin 2024, c'est quelque
11:16 chose que vous envisageriez éventuellement ?
11:18 Je n'ai pas encore pris de décision sur cette question, mais je ne pense pas que je
11:24 puisse finir mon mandat en mars 2015.
11:27 Il faudrait l'interrompre.
11:28 Et l'interrompre.
11:29 Il faudrait l'interrompre.
11:30 Donc, ce n'est pas compatible selon vous.
11:31 Oui, je ne peux pas faire les deux à la fois.
11:36 Si je décide de me présenter, je dois quitter mes fonctions.
11:39 Vous êtes fier de votre bilan, président ?
11:42 Oui.
11:43 Je suis fier de ce que je fais.
11:45 Je le fais avec conviction, avec foi.
11:48 Il est bien vrai que le continent fait face à des défis énormes.
11:53 La volonté politique n'a pas toujours été au rendez-vous, pour des raisons historiques,
12:02 pour des raisons qu'on puisse peut-être comprendre.
12:05 Mais je crois que le continent, et aujourd'hui, pèse.
12:12 L'Union africaine, aujourd'hui, pèse sur le plan international.
12:16 Et je pense avoir fait de mon mieux pour être à la hauteur de la confiance.
12:35 En tout cas, j'ai fait de mon mieux.
12:38 Et le chef d'État, vous avez l'impression qu'il vous respecte ?
12:42 Personne ne m'a montré qu'il ne me respecte pas.
12:47 Je dirais que j'ai un très bon rapport avec tout le monde.
12:55 Merci, président.
12:57 Merci.
12:59 Merci.
13:01 Merci.
13:02 Merci.
13:04 Merci.
13:06 Merci.
13:07 Merci.
13:08 Merci.
13:09 Merci.
13:10 Merci.
13:11 Merci.
13:12 Merci.
13:13 Merci.
13:14 Merci.
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