00:00 - Est-ce que tu prends toujours autant de plaisir ?
00:02 Parce qu'on dit voilà avec les années qui passent
00:04 ça devient l'habitude mais ce genre de truc on peut pas prendre l'habitude du Tour de France c'est pas un train-train.
00:11 - Non, non pas précisément.
00:15 C'est ce que oui, bien sûr qu'il y a toujours énormément de plaisir. Pourquoi ? Parce que je suis toujours le petit gamin amoureux du vélo.
00:22 Je suis directeur du Tour de France mais les champions me font toujours rêver, le Tour me fait toujours rêver bien évidemment.
00:28 Comme à la première heure. Comme j'ai vu Yann Janssen en 1968 à 7 ans en noir et blanc à l'arrivée du Tour.
00:35 Il venait de gagner et s'emporter le maillot.
00:38 - On se prépare Christian, bonjour c'est Arnaud Souk, on se prépare Christian un petit peu comme les coureurs, on fait un régime particulier.
00:44 Un régime, je veux dire, général de vie quoi.
00:47 - Il fait un jeûne de un ou deux mois Christian, il arrive affûté comme jamais au départ du Tour.
00:53 - Alors n'exagérons rien, en revanche oui en effet un
00:56 mois, deux mois avant le Tour, un mois après également, 15 décembre, 15 janvier, je ne bois pas du tout d'alcool.
01:02 Voilà ça c'est sûr. Parce que pendant le Tour de France le défi c'est pour les coureurs
01:07 mais nous disons qu'il faut avoir de l'estomac aussi le soir.
01:10 - Oui parce que certains soirs c'est deux, trois dîners où il faut picorer à droite à gauche,
01:16 serrer des mains, boire des coups, c'est une vraie vie compliquée celle de patron de Tour de France.
01:22 - En tout cas c'est une deuxième journée qui commence après l'arrivée de l'État parce que
01:28 le Tour, les courses cyclistes en général ne peuvent aller que là où les élus souhaitent qu'elles aillent.
01:33 C'est vrai aussi pour le Tour de France donc bien évidemment que les liens qui sont ici avec les gens ils sont essentiels.
01:38 - Alors justement les
01:41 hommes politiques basques
01:43 te bassinent depuis des années pour que le Tour
01:48 prenne son envol du Pays Basque, ça avait déjà été le cas en 1992 mais tu n'étais pas encore à la tête du Tour.
01:53 Ça fait combien de temps qu'ils te harcèlent
01:56 quasiment quotidiennement pour que le Tour prenne le départ de Bilbao ?
02:00 - Alors je ne dirais pas qu'ils nous harcèlent mais en revanche
02:05 depuis 1992, date du premier départ en Espagne et c'était déjà au Pays Basque, ils ont écrit tous les ans
02:12 le gouvernement basque, la ville de Bilbao, la province de Biscay avec des noms qui changeaient au fur et à mesure des élections bien sûr
02:19 mais avec toujours les trois mêmes entités.
02:21 Pays Basque c'est une terre de cyclistes, de champions cyclistes.
02:25 Les spectateurs, les fans connaissent les champions donc il y a
02:30 il y avait une volonté, il y a une fierté très très forte
02:34 d'accueillir le Tour de France sans aucun doute qu'on avait ressenti lors des 100 jours il y a trois mois, qu'on voit régulièrement
02:41 le Tour du Pays Basque, la Classica San Sébastien et on empruntera une partie des parcours de ces deux épreuves.
02:46 Ce sont toujours des moments où on voit d'énormes full basques et là pour demain et après demain
02:54 120 000 drapeaux basques vont être distribués, ça veut dire que dans toutes les côtes et dans toutes les colles
02:59 il y aura un monde fou avec des gens enthousiastes qui vont encourager évidemment tous les coureurs, évidemment les favoris du Tour de France, Jonas
03:05 Vingegaard et Taddaï Pogacar mais aussi les sept coureurs basques qui sont au départ du Tour.
03:10 Imaginez une seule région avec sept coureurs de la région au départ du Tour qui partent de chez eux.
03:15 Alors c'est vrai qu'hier la cérémonie de présentation a été un petit peu moins festive que celle de l'an dernier, la météo n'a pas été de votre côté.
03:21 Un peu humide.
03:23 Oui, un peu humide évidemment.
03:24 Mais tu n'as pas d'inquiétude pour ce week-end, ce sera la folie, il y aura du monde partout sur les routes des colles basques.
03:29 Sans le moindre doute.
03:33 Ce départ de Tour dont Thierry Gouvenou qui est l'un de tes adjoints dit qu'il n'a jamais été aussi dur dans l'histoire du Tour.
03:40 C'est du marketing ou c'est une véritable réalité ?
03:43 La volonté n'était absolument pas de durcir. En revanche quand vous êtes au Pays Basque, si vous voulez montrer le meilleur du Pays Basque,
03:50 l'enthousiasme, la ferveur dont on parlait à l'instant, la beauté du décor, du cadre, le littoral et les collines,
03:56 vous montrez aussi les pentes très raides, c'est une des spécificités du Pays Basque.
04:03 Quand on était l'an passé au Danemark, on avait essayé de jouer avec le vent.
04:06 Le vent a tourné deux heures avant le passage des coureurs, là les pentes raides, on sait que quoi qu'il en soit, elles vont exister.
04:11 Donc il n'y avait pas la volonté, ce sera le plus
04:14 grand dénivelé positif d'une première étape du Tour, mais il n'y a pas la volonté de battre des records.
04:19 Simplement c'est en construisant un parcours qui correspond au Pays Basque que ces 3600 mètres sont arrivés.
04:24 Le final sera assurément spectaculaire puisque les côtes de Viverot puis de Piquet
04:29 sont très raides, toutes proches de l'arrivée et là il y aura une bagarre. La côte de Piquet, la dernière,
04:35 à un moment c'est quasiment le mur de huit.
04:37 Donc là il y aura que les grands, les meilleurs punchers, les favoris du classement général qui seront devant, c'est certain.
04:43 - Christian, depuis quelques semaines, depuis le décès de Gino Madère dans le Tour de Suisse, il y a quand même beaucoup d'inquiétudes
04:49 concernant les descentes, notamment
04:52 jugées dangereuses.
04:54 Je sais que vous en avez pris conscience depuis très longtemps chez ASO et que l'UCI également. Est-ce que des mesures vont être prises
05:00 justement pour essayer de limiter au maximum les risques pris par les coureurs dans les descentes de colle ?
05:06 L'UCI, je sais, s'est emparé du sujet, mais qu'est-ce que vous pouvez faire en si peu de temps pour essayer d'aplanir les risques ?
05:15 - Non mais il y a le travail immédiat, puis il y a le travail
05:22 j'ai envie de dire sur la durée pour que les choses soient plus sûres.
05:27 Un, il y a le travail évidemment sur les parcours.
05:29 Deux, il y a le comportement des coureurs. Les champions d'aujourd'hui ont-ils autant le même respect que les champions d'autrefois ?
05:35 Les uns envers les autres. Et puis trois, il y a le matériel. C'est une évidence.
05:38 Le matériel, son évolution et la manière dont il est utilisé. Donc il faut travailler là-dessus.
05:42 Après, tous les ans, il y a des choses de sécurité en plus qui sont mises sur les routes du Tour de France.
05:47 Il y a quelques années, c'était les bornes
05:49 sonores et lumineuses dans les vingt derniers kilomètres de l'étape, en général parfois il y en a avant,
05:55 au moment où le peloton ne laisse plus passer les gardes républicains qui assurent la sécurité.
05:59 C'est-à-dire que le peloton ne laisse plus passer les gens qui, parce qu'ils sont nerveux, parce qu'ils veulent gagner,
06:03 les motards qui sont là pour eux, pour les protéger. Donc on a mis en place ces bornes.
06:07 Ça s'est d'abord fait en Norvège, ensuite on l'a fait nous, donc elles sont là. Elles seront doublées cette année pour la première fois.
06:14 Test fait au dernier Crétium du Dauphiné. Deux sortes de chevrons
06:19 jaunes et noirs qui se voient de loin. Ça se sera en plus. Et puis spécifiquement,
06:24 grâce à Thierry Gouvenoud et à nos équipes d'anciens coureurs, je précise bien évidemment pour tous les auditeurs de l'RMC que Thierry Gouvenoud,
06:31 le patron des compétitions d'ASO, a couru cette Tour de France, qu'il est entouré de
06:34 sept autres coureurs, que tous nos parcours sont validés par d'anciens coureurs du Tour de France qui non seulement
06:39 ont été champions, mais qui ont aussi l'expérience de l'organisation. Donc il y aura spécifiquement dans cette descente, courte descente du Col de la Lose,
06:47 des tapis, mais parce qu'on est à Courchevel, où ont eu lieu les derniers championnats du monde de ski, Courchevel-Mérivelle,
06:52 un très long tapis, les matelas qu'on voit dans les descentes par exemple, de 30 mètres de large, au cas où un coureur
06:58 dévalerait la pente. Voilà. Tout ça, ce sont des améliorations permanentes. Maintenant, je le répète,
07:03 il y a pour partie le parcours, il y a pour partie le comportement des coureurs, et il y a pour partie les évolutions
07:08 de matériel, sachant que l'augmentation des vitesses moyennes
07:12 des épreuves, elle est d'abord due à l'évolution des matériels.
07:17 Et plus vous allez vite, il n'y a pas besoin d'avoir été ancien champion, plus vous allez vite, plus c'est dangereux.
07:21 Christian Prudhomme, le patron du Tour de France avec nous encore quelques instants. Christian, depuis 2020,
07:25 le Tour n'a pas été épargné, comme le reste de la société, par le Covid, une société qui semble avoir
07:30 mis de côté ce virus, sauf sur le Tour finalement, où les masques sont de retour, sont de nouveau de sortie.
07:37 Est-ce que le cyclisme n'est pas un peu parano avec le Covid ?
07:40 Non, parce qu'il y a deux choses. D'abord, il n'y a plus aucun protocole.
07:45 Parfois j'entends dire il y a toujours un protocole. Non, il n'y a plus de protocole.
07:47 Il n'y a pas de contraintes imposées légitimement par les autorités, il n'y a pas de règles de l'Union cycliste internationale. En revanche,
07:53 il y a eu une demande des coureurs et des équipes pour dire
07:57 "Vous devez nous protéger, c'est juste du bon sens, on n'a pas envie de vivre sur le Tour ce que le Tour d'Italie a vécu
08:03 il y a quelques semaines seulement, avec de nombreux coureurs qui doivent partir et avec le maillot
08:08 de leader qui s'en va, on a envie de garder le maillot jaune."
08:12 Donc voilà, ça s'adresse uniquement à la toute petite population des gens accrédités,
08:17 des journalistes bien évidemment, des gens qui sont derrière le podium.
08:20 Moi j'aime bien serrer la main aux gens, je ne serrerai pas la main aux coureurs.
08:24 D'ailleurs certains coureurs sont venus vers moi avec la main tendue
08:27 hier à la présentation, j'ai reculé en disant "je peux pas vous la serrer".
08:32 Oui, oui, oui, j'ai serré la main de Taï Po Gatcher pour la toute première fois sur les Champs-Élysées dernières à l'arrivée du Tour.
08:39 Il a déjà gagné deux tours et fait deuxième.
08:41 Simplement voilà, il faut faire attention à ça, donc on met les masques, on se rend compte à nouveau, on l'avait oublié,
08:47 qu'il fait chaud sous le masque, ça c'est sûr, mais c'est un élément de protection nécessaire
08:51 à la demande des coureurs et à la demande des équipes.
08:54 - Et on rappelle que tu avais été victime toi-même du Covid et que tu avais dû quitter la course durant quelques jours il y a deux ans.
09:00 Christian, dernière question, je sais que tu as un agenda de ministre, de président de la République de Juillet, c'est comme ça qu'on t'appelle.
09:05 Un dernier mot concernant la situation en ce moment
09:08 en France avec ces scènes d'émeutes dans la plupart des grandes villes, est-ce que tu es inquiet par rapport à ça au moment où
09:15 le Tour va rentrer en France, c'est-à-dire à partir de lundi, même si on va éviter les grandes villes, mais enfin on va quand même aller à
09:21 Bordeaux, à Clermont-Ferrand, est-ce que
09:23 tu es en rapport, j'imagine que oui, avec les préfets et quelles sont les mesures qui vont être prises, parce que j'ai entendu tout à l'heure
09:29 que certaines épreuves sportives allaient être annulées en France, de manière à ce que les forces de police puissent
09:36 justement être réservées aux scènes d'émeutes. Est-ce que tu as des inquiétudes concernant ce sujet ?
09:41 - Nous sommes en contact, comme chaque année sur le Tour, en permanence avec les services de l'État et les autorités,
09:48 et on suit naturellement avec attention l'évolution de la situation, je peux pas en dire plus.
09:52 - D'accord, donc pour l'instant il y a inquiétude, mais on attend de voir ce qui se passera un peu plus tard.
09:58 - Oui, enfin je suis en train de voir là passer la caravane du Tour avec Astérix et Obélix, donc
10:05 ça va peut-être nous donner des forces pour que tout aille mieux.
10:07 - Très bien, merci beaucoup Christian, merci pour ce petit passage dans l'intégral Tour.
10:13 - Christophe, Cyril,
10:14 les anciens de la 5, vous êtes magnifiques.
10:17 Je vous souhaite un excellent Tour à vous aussi.
10:19 - Merci Christian, à très bientôt.
10:21 Christian Fruidhomme, patron du Tour de France, et ancien de la 5, comme Cyril Guimard et comme moi-même.
10:27 Voilà donc pour l'interview du patron, vous l'avez entendu, il n'y a pas d'inquiétude, mais enfin quand même, le fait de ne pas vouloir
10:34 trop en parler, c'est qu'ils ne sont pas
10:36 complètement sereins non plus.
10:38 - Non mais c'est sûr que de toute manière, dans la mesure où des manifestations sportives vont être annulées, on a entendu également qu'il y avait
10:42 des manifestations culturelles de type concert qui allaient également être annulées à cause de ça.
10:46 C'est sûr que voilà, en tout cas c'est quelque chose qu'on va être obligé d'observer de près, y compris du côté des organisateurs du Tour de France.
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