00:00 Les morts ne l'entendent pas de cette oreille.
00:02 Un programme de Judith Bordas.
00:04 C'est très important de venir parler du mort, de dire quelque chose à son sujet,
00:14 de dire ce qu'il était, de dire l'importance qu'il avait, de le recaractériser.
00:18 On parle parfois même, on tutoie le mort et on s'adresse à lui pour dire
00:22 « tu te souviens quand ? » ou bien « je me souviens quand tu faisais ceci ? »
00:25 Et tout ça, ce sont des choses qui ont l'air banales,
00:28 qui ont une importance énorme.
00:30 D'une certaine manière, on va constituer une autre forme de subjectivité au monde.
00:34 Avec toutes ces descriptions, on va remplir sa vie,
00:37 on va rappeler qu'il avait une vie, de quoi elle a été faite et tout.
00:40 Et ça, ça va pouvoir rester.
00:42 Et donc, on aura un mort qui sera bien construit, bien fabriqué, bien dense, bien épais,
00:47 et qui va pouvoir continuer de ce fait à accompagner les vivants
00:51 pendant même quelques années.
00:53 Vous savez, la vie de la mort, c'est presque mathématique,
00:55 la vie de la mort, c'est à peu près 100 ans.
00:57 100 ans, c'est ce qu'on compte, c'est que la dernière personne vivante
01:00 qui a connu ce mort s'éteigne à son tour.
01:03 En fait, ce qu'on fait déjà dans ces cérémonies d'hommage,
01:06 c'est assurer ces 100 ans,
01:08 c'est assurer que le mort va rester encore présent pour les vivants,
01:11 et pas seulement sous la forme du souvenir,
01:13 mais c'est sous la forme de lien affectif, sous la forme d'attachement.
01:16 Et donc, c'est vraiment des cérémonies dont on dirait qu'elles accomplissent
01:19 d'une certaine manière la personne du mort.
01:21 [Musique]
01:28 Les morts ne l'entendent pas de cette oreille.
01:31 Un programme de Judith Bordas, Nuit de la radio 2023.
01:36 Une expérience d'écoute collective proposée par la SCAM
01:39 en partenariat avec l'INA.
01:42 Retrouvez toutes les informations et les dates sur scam.fr
01:46 [SILENCE]
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